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L’usage des technologies au travail : quel impact sur la santé des collaborateurs ?

Le monde du travail évolue au gré des progrès technologiques qui bousculent les outils, les méthodes et les pratiques, et la crise sanitaire a accéléré ce processus sous deux angles. D’un côté, l’instauration du distanciel a forcé les entreprises à se digitaliser et le télétravail s’est accéléré et pérennisé. De l’autre, les caméras ont enfin été braquées sur la santé et la sécurité au travail. Par ailleurs, la réforme des retraites a relancé le débat sur la pénibilité et le vieillissement au travail. Dans un tel contexte de bouleversements, comment la technologie peut-elle d’une part être vecteur d’amélioration des conditions de travail et de préservation de la santé des collaborateurs, et d’autre part facteur de risques ? 

La technologie, vecteur d’amélioration de la santé des collaborateurs

 

Les évolutions technologiques touchent tous les secteurs et toutes les professions sous différentes formes, mais la digitalisation concerne toutes les entreprises. Elle permet de faciliter les processus de travail et se substitue de plus en plus aux anciennes tâches manuelles fastidieuses qui ne procuraient au collaborateur qu’un faible sentiment d’utilité et de satisfaction. Elle induit par ailleurs une nouvelle organisation managériale qui tente de laisser de plus en plus la place à l’écoute des besoins des collaborateurs.  

Cette digitalisation permet aussi de s’adapter à un modèle de travail hybride notamment pour les professions de bureau, qui comporte de réels bénéfices sur la santé mentale des collaborateurs. En effet, le travail à distance permet de réduire les déplacements et de mieux concilier vie professionnelle et vie personnelle, ce qui améliore considérablement la qualité de vie au travail et les conditions de travail. Ces deux éléments ont un impact direct sur la santé mentale notamment, avec une réduction du stress et de la fatigue, à condition que le travailleur n’entre pas dans une logique d’hyperconnexion. 

La technologie s’immisce également dans les professions manuelles. Elle permet de prévenir les risques et de minimiser la pénibilité des tâches répétitives, nécessitant le port de charges lourdes ou qui requièrent des postures inconfortables. Par exemple, les robots coopératifs assistent les opérateurs et les soulagent dans les tâches pénibles ou répétitives grâce à un bras robotisé :  par exemple, sur une chaîne de montage de voiture, un cobot peut assembler des pièces pendant que l’employé travaille à des tâches à plus forte valeur ajoutée. Les exosquelettes sont des dispositifs que les collaborateurs peuvent porter et qui les soulagent dans l’effort : un test très concluant a été mené sur des ouvriers agricoles qui ont taillé 47 hectares de vignes aidés d’un exosquelette, qu’ils ont tous jugé désormais essentiel. Ces technologies aident à réduire l’exposition aux situations dangereuses, à prévenir les troubles musculo-squelettiques, à faciliter le maintien au travail et l’adaptation de poste des travailleurs en situation de handicap ou vieillissant. 

Toutefois, il faut garder à l’esprit que le niveau de digitalisation et la quantité de technologie mise à disposition des travailleurs dépend aussi grandement des moyens de l’entreprise : les conditions de travail et leur impact sur la santé ne sont donc pas homogènes dans toutes les entreprises.  

 

La technologie, facteur de risque de dégradation de la santé des collaborateurs 

 

Sa mauvaise utilisation peut transformer les effets bénéfiques de la technologie en une nocivité pour le travailleur. Les risques identifiés peuvent être physiques ou psycho-sociaux, comme ceux qu’elle essaie pourtant à l’origine de réduire. 

Si le télétravail est entré dans les mœurs et concerne aujourd’hui près de 40% des travailleurs, nombreux sont les questionnements autour de ses effets pervers et de leur impact sur la santé. Par exemple, 10% des salariés en télétravail sont exposés à des risques de fatigue cognitive accrue à cause de l’hyperconnexion, ce qui peut, à long terme, altérer leur santé mentale et mener à un épuisement professionnel. Bien souvent, “l’hyperconnexion est associée à la performance, alors que la réalité est inverse” : elle devient en effet contreproductive en mettant en péril la qualité du sommeil, la capacité de concentration ainsi que le niveau d’engagement du collaborateur, ce qui joue sur sa santé mentale et son taux d’absentéisme. Par ailleurs, si l’entreprise ne met pas en place un modèle managérial adapté au travail hybride, le télétravail peut générer une relation de méfiance et donc un sentiment d’absence de reconnaissance et de stress chez le collaborateur. Il peut aussi altérer les relations sociales et liens entre collègues. Enfin, le travail à distance présente des risques à l’égard de la santé physique : lorsqu’il est pratiqué à la maison, l’espace peut ne pas être adapté aux besoins ergonomiques et accroître la sédentarisation. 

Concernant l’utilisation de robots coopératifs et d’exosquelettes, le risque est d’augmenter le rythme de travail et le poids des charges. En effet, l’avantage procuré par ces technologies peut devenir la source d’altération des conditions de travail : le risque serait de concevoir l’allègement du travail des ouvriers grâce à ces équipements comme une opportunité d’intensifier leurs tâches. Par ailleurs, un manque de formation à l’utilisation de ces équipements peut entrainer des accidents du travail ou des blessures.  

La mauvaise utilisation de l’ensemble de ces dispositifs peut, en plus de détériorer la santé physique ou mentale des travailleurs, être facteur d’un manque d’efficacité opérationnelle pour l’entreprise et faire fuir les talents.  

 

La technologie, levier d’amélioration des conditions de travail qui nécessite une politique d’accompagnement  

 

Dès lors, les employeurs ont tout intérêt à mettre en place une politique de prévention des risques liés à la digitalisation et à l’incorporation de nouvelles technologies dans le travail pour ne pas pervertir leurs effets escomptés, et ainsi préserver non seulement la santé des collaborateurs mais aussi de l’entreprise. 

Avant toute chose, l’employeur est tenu de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ses salariés. Il lui incombe alors de mettre en place des campagnes de sensibilisation, des mesures préventives, des formations, et d’assurer une activité de contrôle sur la sécurité au travail, y compris dans l’usage et l’utilisation des nouvelles technologies. 

Au titre de cette obligation, l’employeur a la responsabilité de faire appliquer le droit à la déconnexion. Il est primordial pour une entreprise qui a instauré un modèle hybride de mener une politique qui accompagne le salarié dans son autonomisation sans pour autant l’inciter à en faire toujours plus. S’il relève de la liberté de chacun de gérer son temps, notamment pour les cadres, l’entreprise doit accomplir son rôle de prévention et rester vigilante aux comportements à risque.  

De la même manière, l’entreprise doit former ses collaborateurs à l’utilisation des nouveaux équipements technologiques mis à leur disposition, afin d’éviter tout effet pervers : les exosquelettes permettent de réduire les troubles musculo-squelettiques or leur utilisation à des fins d’intensification du travail serait contre-productif. 

 

Ainsi, c’est l’usage que les entreprises font de la technologie qui impacte la santé au travail. Si elle peut réellement contribuer à améliorer la santé des travailleurs, elle peut tout autant causer les risques qu’on essaie d’éviter. Il est donc nécessaire de poser un cadre de formation, de prévention, d’accompagnement et de contrôle pour que la technologie ait son effet escompté sur la santé de chacun. Il appartient à tous d’en faire un usage équilibré ! 

 

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