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3 questions à… Jean-François Naton, membre du CESE

Cuisinier de profession, détenteur d’un DESS en « Analyse Pluridisciplinaire des Situations de Travail » Aix / Marseille, Jean-François Naton est aussi militant syndical. Conseiller confédéral de la CGT, il a été en charge de l’activité Travail/Santé/Protection-Sociale. Membre du CESE depuis 2014, il est co-rapporteur et rapporteur de 3 avis. Il est aussi l’auteur de deux ouvrages « A la reconquête du travail » et « Pour d’autres jours heureux, la sécurité sociale de demain », ainsi que de l’ouvrage collectif « Pour quoi nous travaillons ». A l’occasion de la parution de l’avis du CESE « Travail et santé-environnement : quels défis à relever face aux dérèglements climatiques ? », dont il est le rapporteur, Jean-François Naton répond aux 3 questions de la Fondation Travailler autrement.

Pouvez-vous expliquer le lien entre dérèglements climatiques et la santé au travail ?

 

La question du travail dans la transition écologique est décisive. Depuis des décennies l’emploi, la lutte contre le chômage ou encore l’aspiration aux temps libres ont mis le travail à l’arrière-plan. Pourtant, celui-ci constitue une des conditions de la vie humaine, aujourd’hui bouleversée par le changement climatique. Et ce à l’heure où  la France souffre d’un mal endémique : l’invisibilisation des maux du « mal travail ».

L’impensé de l’impact climatique sur le travail est d’autant plus ravageur qu’il se construit sur cette invisibilisation. Notre pays a banalisé, accepté les mauvaises conditions de travail et ses effets comme les maladies professionnelles ou les accidents du travail. Le changement climatique aggrave une situation déjà dégradée, et son impact sur les travailleurs reste négligé.

 

Existe-t-il une corrélation entre le degré de conscience écologique des citoyens et l’impact ressenti sur leurs conditions de travail ?

 

Notre enquête de fin d’année 2022, présentée le 14 février 2023, a révélé un différentiel des préoccupations environnementales suivant les catégories socio-professionnelles : à la question « Pourquoi  vous sentez-vous concerné(e) par les sujets environnementaux et leur impact sur le travail ? » la réponse qui arrive massivement en tête, en moyenne, est « les enjeux d’adaptation du changement climatique ont des effets dans les relations de travail et organisation du travail », mais avec des différences significatives par CSP. 

  • Ainsi, les ouvriers placent au premier rang de ces motifs : « mon travail est rendu plus pénible physiquement par des effets directs et /ou indirects du changement climatique » et au deuxième rang « je suis dans un secteur dont les activités sont polluantes ou émettrices de GES ou certaines tâches de mon travail me paraissent polluantes ou émettrices de GES ».
  • Les employés considèrent que les effets du dérèglement climatique sont préoccupants pour leur travail d’abord en raison des effets sur les relations de travail et l’organisation du travail, puis parce que certaines de leurs tâches professionnelles seraient polluantes ou émettrices.
  • Les agents publics placent plus nettement au premier rang des motifs de leur préoccupation les effets que le changement climatique peut avoir sur les relations de travail et l’organisation du travail. Mais ils placent au deuxième rang de leur préoccupation la pénibilité physique accrue par les effets directs ou indirects du changement climatique. 

De plus, si ouvriers et employés considèrent en premier l’impact sur la santé, les cadres se préoccupent davantage des effets observés sur les déplacements et l’organisation de la continuité des activités. Enfin, chez les dirigeants d’entreprise, l’impact sur l’organisation et les conditions de travail vient en premier, la santé au travail en deuxième, la continuité des activités en troisième. 

 

Quelles sont les principales mesures à mettre en place pour préserver la santé au travail et s’adapter au changement climatique ? 

 

Dans un premier grand axe, nous retrouvons les enjeux de la connaissance des risques et le défi du décloisonnement des politiques de santé. Nous proposons entre autres d’améliorer les connaissances et le développement de la recherche, ainsi que le développement de la formation sur le travail et la santé-environnement, notamment pour les professionnels de la santé. Dans ce sens, nous préconisons de nommer un délégué interministériel auprès du Premier Ministre afin d’incarner le renforcement de la nécessaire cohérence des plans de santé. 

Dans un deuxième axe, il s’agirait de mobiliser les entreprises et les acteurs du dialogue social pour mieux prendre en compte les risques environnementaux. Parmi les mesures qui pourraient être prises, la réalisation d’une campagne nationale sur le DUERP (document unique d’évaluation des risques professionnelles) pour une mise en œuvre effective conditionnant les aides publiques et exonérations dont bénéficient les employeurs. Il faudrait également faire des conséquences environnementales des orientations stratégiques de l’entreprise un thème prioritaire des consultations récurrentes obligatoires du CSE… Ce qui amènerait à revoir le temps et les moyens donnés aux élus et mandatés. De plus, pour limiter l’exposition à des températures élevées extérieures, il faudrait appliquer le dispositif intempérie de l’hiver à l’été.

Pour terminer, le devoir d’écoute devrait être inscrit parmi les principes généraux de prévention du code du travail, pour enfin entendre et comprendre celles et ceux qui font. Car rien ne pourra se faire sans la participation active des travailleuses et travailleurs pour adapter le travail au climat et atténuer l’impact des activités humaines sur celui-ci. Le climat doit être l’affaire de tous !

 

> Aller plus loin sur le site de la Fondation Travailler autrement : L’usage des technologies au travail : quel impact sur la santé des collaborateurs ? ,