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3 questions à… Marie Barsacq, Directrice Exécutive Impact et Héritage chez Paris 2024

Juriste de formation, Marie Barsacq a travaillé dix années au Comité national olympique et sportif français (CNOSF), sur les enjeux d’emploi, de formation et de qualification dans le mouvement sportif. Elle rejoint ensuite la Fédération Française de Football, où elle crée l’Institut de Formation du Football (IFF). Elle devient ensuite Directrice générale adjointe de la FFF, en charge du football amateur. Marie Barsacq est également membre depuis 2018 du Comité Exécutif de la Fédération Française de Football.

Marie Barsacq devient Directrice en charge de l’Impact et de l’Héritage du Comité de candidature des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, puis du Comité d’organisation suite à la victoire de la candidature française. Elle répond aux 3 questions de la Fondation Travailler autrement.

En quoi l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 peut-elle permettre une valorisation des entreprises françaises ?

Dès la construction du projet d’organisation des Jeux, l’une de nos priorités était de valoriser les entreprises françaises. Et de fait, sur toute la période, nous avons 2,5 milliards d’euros de marché à passer, autant d’opportunités économiques pour les entreprises françaises. Pour nous assurer de cela, nous avons mis en place des règles d’achat qui favorisent les PME, les TPE et les entreprises de l’ESS françaises, et notamment celles qui mettent en avant leur impact local sur le territoire. Nous avons également mis en place un système d’allotissement pour que ces marchés ne soient pas trop importants et qu’ils permettent aux petites organisations d’y répondre.

Résultat : plus de 90% de nos entreprises prestataires sont françaises, et 75% de nos marchés ont été remportés par des TPE / PME. C’est le résultat non pas de mise en place de quotas, mais d’une politique volontariste et d’actions au service de cette volonté très forte que les opportunités économiques des Jeux bénéficient à toutes les entreprises. Nous avons notamment créé des outils tels que Entreprises 2024 et ESS 2024, plateformes à disposition des entreprises pour leur offrir les informations nécessaires aux réponses d’appels d’offres liées à l’organisation des Jeux. Nos directeurs ont également mis la main à la pâte : secteur par secteur (alimentation, sécurité, nettoyage, etc), ils ont expliqué aux entreprises qui s’étaient référencées sur les plateformes comment les marchés seraient lancés. Une fois les entreprises sélectionnées, nous avons continué à travailler avec elles afin de s’assurer d’une insertion sur le marché des personnes éloignées de l’emploi.

Il a été annoncé que plus de 150 000 emplois seraient mobilisés pour l’organisation des Jeux. Ont-ils permis de redynamiser des métiers en tension ? Et comment s’assurer que ces emplois constituent un tremplin vers une insertion professionnelle pérenne ?

Dès la phase de développement économique du projet, en 2019, nous avons préparé une cartographie des emplois dont nous avions besoin pour l’organisation des Jeux, avec comme objectif d’identifier la situation du marché, la main d’œuvre et les compétences disponibles. Ensuite, nous avons créé des formations pour aider les personnes à postuler, et à développer les compétences nécessaires pour les postes disponibles.

Hôtellerie, restauration, sécurité… Tous ces métiers sont en tension, notamment dans cette situation post Covid : en 2019, nous pensions embaucher des personnes spécifiquement pour les Jeux. Mais avec la pandémie, les personnes se sont détournées de ces secteurs qui étaient quasiment à l’arrêt, et n’y sont pas revenus, notamment en raison de la pénibilité de ces métiers. C’est pourquoi nous avons changé de stratégie. Afin d’attirer les candidats, nous avons proposé des opportunités d’emploi pérenne, et travaillé sur l’attractivité de ces métiers, l’attractivité de la mission : travailler pour les Jeux est une belle opportunité. Les personnes sont donc recrutées en CDI, et nous leur proposons un parcours professionnel même après les Jeux, qui sont alors une mission comme une autre. En tout, nous aurons bel et bien 150 000 personnes mobilisées : 80 000 dans l’organisation des Jeux, 60 000 dans le tourisme et 11 000 dans la construction.

Vous avez lancé le label « Génération 2024 » auprès des établissements scolaires, afin de promouvoir la pratique sportive chez les plus jeunes. Pensez-vous qu’il serait pertinent de transposer ce modèle dans le monde de l’entreprise ?

C’est une conviction que nous avons, notamment car la situation est grave : l’ANSES a annoncé l’année dernière que 95% des Français n’étaient pas au niveau des recommandations de l’OMS. C’est d’autant plus préoccupant pour les femmes : 70% d’entre elles sont en deçà des niveaux d’activité identifiés pour être en bonne santé, contre 42% des hommes. Chaque année, la sédentarité coûte 140 millions d’euros à l’État (car cela favorise le développement de maladies cardio-vasculaires ou de diabète). Pourtant, la solution est simple : bouger 30 minutes par jour.

Nous avons la volonté et la stratégie de faire bouger les Français dans toutes les sphères : bouger à l’école, bouger dans la rue, et bouger sur son lieu de travail. Les entreprises ont pleinement un rôle à jouer. De ce fait, nous travaillons depuis novembre 2022 avec les entreprises sponsors des Jeux, qui constituent des laboratoires pour alimenter une boîte à idées. Ainsi, de nombreuses initiatives ont été lancées dans les organisations pour inciter les salariés à pratiquer une activité physique et sportive, comme le challenge « Go for 30 », qui désigne tous les mois un lauréat. Nous avons également produit un guide de design actif auprès des entreprises afin d’aménager les espaces de travail de sorte à ce qu’ils favorisent l’activité physique spontanée (par exemple : permettre de diriger spontanément les collaborateurs vers les escaliers plutôt que l’ascenseur). Des nudges sont donc pensés pour inciter les collaborateurs à ne pas rester assis trop longtemps. Les exemples se multiplient : Carrefour a mobilisé Marie-Josée Perec pour éduquer sur les bienfaits d’une activité physique, PwC encourage les salariés à se challenger entre eux, Allianz organise des marches nordiques sur l’heure de midi, Banque Populaire propose chaque vendredi midi des sessions animées et diffusées en direct avec un coach, etc. Nos sponsors promeuvent également la mobilité douce en proposant des garages et des services de réparation de vélos.

Les initiatives comme la marche nordique font sens : aujourd’hui, le bien-être et le plaisir sont recherchés par les Français dans la pratique du sport. Donc il est très intéressant de pouvoir proposer des activités qui créent du lien social, y compris en réunissant des collaborateurs qui ne travaillent pas au quotidien ensemble et se rencontrent dans ces moments. Et les entreprises ont tout à gagner à promouvoir ces initiatives, puisqu’elles permettent d’instaurer une culture d’entreprise. C’est pourquoi ces Jeux sont pour nous l’occasion de sensibiliser les entreprises sur l’enjeu de faire de l’activité physique et sportive un point fort de la marque employeur. Ce n’est pas seulement un sujet de comité d’entreprise, mais cela doit être repris par les DRH pour favoriser le bien-être des collaborateurs.

Pour le moment, nous sommes dans une phase de test de bonnes pratiques, et nous mettrons toutes ces idées en libre-service en septembre 2024. C’est tout l’enjeu de la direction Impact et Héritage dont je suis à la tête : faire durer ces initiatives.

> Aller plus loin sur le site de la Fondation Travailler autrement : Pratique sportive en entreprise : levier de productivité et de compétitivité ?, Le sport : vivier de talents pour un recrutement ?, 3 questions à… Charles Rozoy, champion paralympique à Londres en 2012