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3 questions à… John Hazan, Associé au sein du bureau de Bain & Company à Paris et co-auteur de l’étude The Working Future

John Hazan est Associé de Bain & Company. Il est responsable de la solution Talents pour l’Europe. Il accompagne ses clients dans leurs projets et transformations dans lesquels le facteur humain est essentiel : en particulier des projets de raison d’être, de refonte de culture, de modèle opérationnel, d’expérience collaborateurs et d’ingénierie sociale. Diplômé des Mines de Paris et de la London School of Economics, John a été Senior Manager dans un cabinet de conseil avant de rejoindre Bain & Company en 2005. Il est l’auteur de nombreux articles et points de vue sur les thématiques Talents et RH. A l’occasion de la parution du rapport « l’Avenir du Travail » (« The Working Future »), qu’il a co-écrit, la Fondation Travailler autrement a souhaité l’interroger pour connaitre son analyse de l’évolution des attentes des salariés dans un monde du travail en pleine transformation. Interview.


L’étude de Bain and Company “L’avenir du travail ?” montre que 58% des salariés ont été amenés à repenser l’équilibre entre leur travail et leur vie personnelle au cours des 20 derniers mois, comment se sont matérialisées ces réflexions au sein des entreprises et sur le marché du travail ?

L’étude « l’Avenir du travail » révèle que plusieurs tendances de fond se sont considérablement accélérées avec la crise du Covid-19. La première est l’émergence de nouvelles attentes chez les travailleurs : même si la rémunération demeure une priorité pour la plupart, ils sont seulement 1 sur 5 à la considérer aujourd’hui comme le premier facteur de motivation. L’intérêt pour le métier (premier facteur de motivation pour 30% des salariés) et la flexibilité au travail sont devenus les priorités majeures. La seconde tendance est un décloisonnement des frontières de l’entreprise. Grâce au travail à distance et à l’économie des plateformes (à travers Amazon, Uber ou encore Deliveroo), les interactions physiques entre personnes d’une même équipe ne sont plus forcément quotidiennes et les frontières de l’entreprise s’étendent. Il est nécessaire de réinventer le lien à l’entreprise, et redéfinir les ressorts de l’affectio societatis. Enfin, la troisième tendance est celle du trouble de plus de 60% des moins de 35 ans face à l’incertitude de la période actuelle. Ces derniers subissent une pression croissante, souvent doublée d’une incertitude face à l’emploi, et ce alors que la digitalisation est présentée de façon anxiogène. Cette incertitude est amplifiée par la nécessité de remettre en cause leurs compétences en permanence.

 Que peut-on dire des différentes conceptions, parfois opposées, d’un “bon job” ?

L’étude que nous avons mené sur un échantillon de 20.000 salariés dans 10 pays (États Unis, Chine, Allemagne, France, Italie, Japon, Inde, Indonésie, Nigéria et Brésil) fait ressurgir six archétypes de salariés avec des priorités différentes :

  • Les operators sont ceux qui placent la quête de sens en dehors du travail. Il ne s’agit pas exclusivement de cols bleus. Ils représentent 27% des actifs en France ;
  • Les givers (16%) ont besoin de donner d’eux-mêmes dans les métiers de services, de santé, d’éducation, d’humanitaire… ;
  • Les artisans (20%) recherchent la maitrise d’une expertise manuelle ou intellectuelle ;
  • Les explorers (11%) sont des explorateurs qui valorisent les expériences variées et nombreuses, ils changent de métier, de pays… ;
  • Les strivers (19%) sont des profils plus classiques très investis dans leur travail, à la recherche d’un statut et d’une réussite professionnelle ;
  • Et enfin, la conception d’un « bon job » pour les pioniers (7%) est de « changer le monde », rien que ça !

Quelle place sera accordée à l’humain et aux “compétences humaines”, pour reprendre les termes de cette étude, dans l’entreprise de demain ?

L’automatisation permet d’éliminer à terme tout ce qui est répétitif. Cela rend encore plus nécessaire la valorisation des compétences typiquement humaines qui ne sont pas simplement digitalisables, ou automatisables comme la créativité, les relations interpersonnelles et la capacité à résoudre des problèmes. Ce qui permet d’affirmer que l’avenir du travail sera plus humain dans les entreprises ; Et cela dans tous les métiers. Il n’y a plus de cols bleus, tous les travailleurs sont en train de se métamorphoser en « cols bleus clairs », dotés d’une capacité à prendre des micro décisions en permanence, en interprétant les données de leurs tablettes en sortie de chaîne.

> Pour accéder à notre synthèse de l’étude “L’avenir du travail ? Plus humain”, de Bain and Company

> Retrouvez l’article de Bain & Company sur cette étude

> Pour aller plus loin, sur le site de la Fondation : Quel avenir pour le télétravail ? et Avenir des métiers : l’inquiétude gagne du terrain