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« Ville Productive » : quelle géographie de l’emploi populaire ?

Mercredi 6 octobre, le webinaire, organisé par le PUCA, l’Institut CDC pour la Recherche et la Fabrique de l’Industrie, en partenariat avec Newstank Cities, et consacré à la “Ville Productive” s’est interrogé sur la répartition de l’emploi populaire dans la ville. Comment concevoir nos politiques d’urbanisme future tout en maintenant la cohésion sociale nécessaire ? Selon quelles modalités d’insertion architecturales, sociales et environnementales ? Faut-il favoriser un retour des emplois populaires au sein de la ville ? Autant de questions auxquelles se sont confrontés les intervenants de ce webinaire.  

 

Qu’est-ce que l’emploi populaire ? 

Si l’emploi populaire nous fait instinctivement penser à classe populaire, sa définition n’en est pas éclaircie pour autant. Par ce premier constat, on déduit qu’un emploi populaire serait un emploi à revenu modeste et dont les conditions professionnelles auraient un impact sur la vie personnelle des salariés. Les statistiques INSEE nous permettent d’être plus précis et de reconnaître l’emploi populaire selon 3 critères : la petitesse du statut professionnelle – donc social –, de faibles revenus et des tâches répétitives. À ces critères il faut ajouter les travailleurs indépendants souvent précarisés tels que les travailleurs-plateformes qui ne sont pas comptabilisés par l’INSEE comme faisant partie des classes populaires.  

Quelle place pour ces emplois dans la ville productive ? 

Le concept de ville productive peut également poser problème dans sa définition. La ville productive concerne l’ensemble des activités menacées par les mécanismes de la rente urbaine, parmi lesquelles on retrouve notamment les emplois péri-productifs. Ces emplois participent à la métropolisation puisqu’ils permettent aux autres activités de se développer. Par ailleurs, les emplois populaires sont très souvent majoritaires dans les villes.  

Cependant, la Ville productive ne couvre qu’une partie de l’emploi populaire, 42% pour être exacte, mais une partie de taille puisqu’il s’agit de 5,3 millions d’emplois en France soit 20% de l’emploi total. On constate également que l’emploi populaire dans la ville productive est majoritairement masculin puisqu’il ne concerne que 28% des femmes. En dehors de la ville productive, 2 emplois populaires sur 3 sont dans le service public.  

Dans le détail, l’emploi populaire dans les villes productives concerne : 

  • les activités de production (manufacture…),  
  • la péri-production et la distribution (logistique, transport, déchets…),  
  • la mise à disposition de main d’œuvre (sécurité, déménagement…),  
  • la construction (BTP…),  
  • les services mixtes aux entreprises et aux particuliers (location de véhicule, réparation…) 
  • les services à la personne (aide-soignant…) 
  • la vente, restauration et hôtellerie 
  • certains emplois de la fonction publique. 

La majorité de ces emplois ne sont pas ou peu délocalisables, ce qui implique une attention toute particulière dans les politiques d’urbanisation.  

Quelles solutions pour aménager la ville en prenant en compte ces emplois ? 

Une analyse précise de ces emplois populaires doit être effectuée avant tout aménagement en sachant qu’une analyse sectorielle n’est plus aussi pertinente qu’auparavant. En effet, dans le secteur industriel par exemple, la moitié des emplois sont qualifiés et n’appartiennent donc plus aux emplois précaires. Il faut donc identifier les emplois populaires, les localiser, et adapter alors les politiques d’urbanismes pour éviter de bouleverser ces emplois essentiels à l’activité économique de la ville. Les nouveaux emplois “mobiles” doivent également être pris en compte alors que les plateformes se développent dans de plus en plus de villes. Ensuite, concernant la main d’œuvre, il faut s’assurer qu’elle puisse être formée et qu’elle puisse s’ancrer sur le territoire de manière durable.  Par ailleurs, il faut prêter attention à la mobilité des personnes occupant un emploi populaire afin d’éviter le phénomène de “spatial mismatch”.  

Enfin, il est important de prendre conscience que les collectivités sont peu outillées pour appréhender l’emploi populaire alors qu’il s’agit d’emplois nécessaires à leurs activités économiques. Le manque de transversalité des politiques publiques jusqu’à aujourd’hui explique sans doute au moins en partie les pénuries de main d’œuvre actuelle mais des études telles que celle-ci pourront permettre aux villes d’améliorer leurs politiques d’urbanismes futures 

 

Retrouvez le webinaire en intégralité

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