SharitoriesAux côtés des mégalopoles attractives et influentes, les villes moyennes sont en perte de vitesse. À l’ère du tout numérique et de l’économie collaborative, se pose la question des arts de faire collectif, communauté et territoire.
Telle une ode à l’optimisme constructif, les résultats de l’étude européenne « Sharitories » rendent compte de pratiques collaboratives émergentes qui déficellent l’adynamie des villes moyennes. Les tiers-lieux y occupent une place centrale.

« Nous n’habitons pas des territoires, nous habitons des habitudes », formulait Samuel Roumeau, responsable de collectif OuiShare, lors de la restitution officielle du projet Sharitories au sein de l’espace d’innovation Le Square à Paris. Cette étude, à la fois comparative, analytique et force de propositions, initiée par le collectif OuiShare, a été menée en partenariat avec le cabinet d’études Chronos, avec le soutien de Transdev, Castorama et le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET).

Partant du constat de la dévitalisation des villes moyennes, conséquence de la vacance commerciale et de la décroissance démographique, les forces actives de OuiShare ont fait le choix d’explorer les pratiques collaboratives de 8 villes européennes : Aveiro (Portugal), Genk (Belgique), Hilversum (Pays-bas), Kristianstad (Suède), dont 4 françaises (Lorient, Épinal, Mont-de-Marsan, Narbonne). En tout, ils ont observé plus d’une centaine d’initiatives donnant à voir l’émergence de solutions au phénomène d’adynamie des villes moyennes, figures d’exemples de transversalité et de coopération entre divers secteurs. « L’objectif de l’exploration Sharitories consiste à analyser dans quelle mesure les pratiques émergentes issues de l’économie collaborative peuvent être un levier de développement pour les villes moyennes, en France et en Europe. Elle vise à donner les outils nécessaires à tout acteur qui souhaite agir sur un territoire donné. »

Cette étude met en évidence l’opportunité qu’offrent les pratiques collaboratives pour redynamiser les villes moyennes. Les dispositifs observés semblent répondre à des enjeux de l’ordre de l’attractivité, du dynamisme économique, de la résilience et de la gouvernance partagée. Parmi les nombreux axes thématiques développés dans le cadre du rapport final de Sharitories, celui des nouveaux espaces de travail, à travers le déploiement de tiers-lieux (espaces de coworking, fab-labs, etc.) a particulièrement animé notre curiosité. L’intégration de tels espaces dans les villes moyennes permettrait d’accroître la tendance au télétravail, de « maintenir les actifs indépendants sur place, en réduisant la dépendance aux pôles urbains » mais encore aux trajets pendulaires, et constituerait un terrain fertile pour le développement d’une économie résidentielle.

Au cours de l’exploration, la création de nouveaux lieux, comme la réhabilitation d’espaces vacants, au profit de l’éclosion d’espaces collaboratifs de travail, est apparue dans plusieurs villes. C’est le cas, par exemple, de l’aménagement d’une fabrique et d’un espace de coworking sur une ancienne friche industrielle : DeStookplaats situé à Hilversum aux Pays-Bas. L’objectif de ce type d’initiative est d’optimiser les ressources déjà existantes tout en relocalisant la création de valeur. À Genk, en Belgique, les tiers lieux C-Mine, Thorpark, Labiomista ont pris place au sein de trois anciens sites miniers réhabilités.

En France, la ville de Lorient, située à trois heures de Paris en TGV, a vu éclore La Colloc, une communauté rassemblant pas moins de 300 indépendants aux professions variées. Du côté de Narbonne où l’on compte près de 20% d’indépendants, l’on doit l’émergence de tiers-lieux à des entrepreneuses : Work Another Way (une école réhabilitée en espace de coworking), l’IN’ESS (structure d’innovation sociale facilitateur de connexions locales), ou encore l’Atelier de Chez Mémé (espace collaboratif de fabrication et de création, à dimension intergénérationnelle, avec le soutien du Grand Narbonne).

Le rapport de l’étude Sharitories ne se contente pas de décrire les initiatives examinées sur le terrain : figurent également des recommandations visant à outiller les centres villes des communes de taille moyenne à la faveur de pratiques collaboratives. Parmi les préconisations (implications des habitants, balance activité / proximité, coopération régionale, etc.), nous retenons particulièrement celle exhortant la création d’environnements favorables aux entrepreneurs (à l’instar du développement de tiers-lieux).

Le lendemain de la restitution au Square, Clémentine Malgras, cheffe de projet de Sharitories, aux côtés de Samuel Roumeau et Taoufik Vallipuram (connector OuiShare), a été reçue par Jacques Mézard, Ministre de la Cohésion des Territoires au Salon des Maires, pour présenter l’étude.

> Lien pour télécharger le rapport final

> Également à lire sur le site de la Fondation : REVOLUTION@WORK réinvente le travail et Article de revue : « Co-working in the city » (Tim Butcher, 2012)

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