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Quand le travail ne paie plus : pour une refonte du contrat social

Alors que la crise énergétique actuelle remet le pouvoir d’achat au centre des préoccupations des Français, Sortir du travail qui ne paie plus, paru en 2024 et largement discuté dans les cercles politiques, conserve toute son actualité. Antoine Foucher interroge  la crise contemporaine du travail à partir d’un constat simple : le travail ne garantit plus une amélioration du niveau de vie, alors même qu’il reste au cœur de notre modèle social. L’ouvrage pose un diagnostic sur cette rupture et propose plusieurs pistes pour refonder un contrat social dans lequel l’activité professionnelle retrouverait sa fonction d’émancipation. 

La fin du travail comme garant principal d’une meilleure vie ?

Dès l’introduction, Antoine Foucher affirme qu’une société fondée sur le travail repose normalement sur trois principes (p.7) : 

  • le travail doit permettre d’améliorer son niveau de vie, 
  • la richesse personnelle provient principalement de l’activité exercée, 
  • et ceux qui travaillent vivent mieux que les autres. 

Or, selon lui, ces trois piliers se fissurent simultanément.

L’auteur s’appuie d’abord sur un constat économique : le travail n’est plus un levier de progression rapide. Alors que dans les années 1970, il suffisait d’une vingtaine d’années d’activité pour doubler son niveau de vie, il faudrait aujourd’hui plus de 80 ans (p.16). A cette stagnation s’ajoute celle du temps travaillé : depuis la fin de la guerre, chaque génération travaillait moins que la précédente. Mais ce mouvement semble interrompu : en 2022, les Français travaillaient autant que 20 ans plus tôt (p.24). 

Pour lui, ces ruptures sont la conséquence de la baisse de la productivité, sur laquelle repose pourtant “presque entièrement” (p.50) la capacité d’un pays à améliorer son niveau de vie. La désindustrialisation a bouleversé les capacités de production du pays : un Français sur 10 travaille dans l’industrie aujourd’hui, contre un sur quatre au début des années 1980 (p.51). L’auteur voit également dans cette situation le résultat de choix collectifs : la France a progressivement privilégié la protection des revenus issus du patrimoine, des retraite et de l’héritage au détriment de la rémunération du travail : on prélève aux actifs 50% de leur salaire, contre 30% au capital, 14% aux retraites, et 6% à l’héritage (p.61). 

Ce diagnostic se veut d’autant plus préoccupant que les décennies à venir risquent d’accentuer les tensions. La transition écologique nécessitera des investissements massifs – au détriment d’autres secteurs – tandis que le vieillissement démographique rendra plus difficile toute nouvelle réduction du temps de travail (p.71). L’ouvrage ne se limite heureusement pas à ce constat pessimiste et fataliste, et avance différentes pistes d’amélioration à court, moyen et long-terme.

 

Retrouver du pouvoir d’achat : quelles solutions concrètes ? 

Le cœur de l’ouvrage réside dans les propositions formulées par Antoine Foucher pour refaire du travail le principal moteur d’amélioration du niveau de vie.

A long terme, il plaide pour une stratégie sans surprise mais ambitieuse : montée en compétences, réindustrialisation, innovation. Pour lui, il n’y aura pas de solution durable aux problématiques du pouvoir d’achat sans retour de la productivité (p.81). Bien que convaincant, il reconnaît que ces transformations demanderont du temps et ne répondent pas à l’urgence sociale actuelle.

C’est pourquoi il défend à plus court terme une réforme fiscale d’ampleur. En 5 ans, il propose de baisser de 10 points les cotisations salariales (p.85) en rééquilibrant les taxations du côté des rentiers, des retraités les plus aisés, des héritiers les plus favorisés, et de la consommation. Il assume le caractère sensible de ces propositions en avançant qu’il s’agit moins d’opposer les travailleurs aux autres catégories de la population que de rééquilibrer un contrat social devenu défavorable aux actifs. Pour illustrer son propos, il reprend l’idée de Beaumarchais : “quand se donner la peine de naître devient la première cause de la richesse individuelle, notre contrat social repose-t-il encore sur le mérite, l’effort et le travail ?” (p.91).

Il défend une autre piste, dont pourraient s’emparer les entreprises : l’ouverture du capital aux salariés, alors qu’aujourd’hui, seul un sur trente est actionnaire (p.105). S’il reconnaît les résistances des syndicats d’un côté (risque d’affaiblissement du rapport de force), du patronat de l’autre (inquiétude d’une trop grande horizontalité), il y voit le moyen d’améliorer les ressources des salariés sans fragiliser la capacité d’investissement des entreprises (p.103). 

Conscient du caractère sensible et politique de ces réformes, il plaide pour un référendum précédé d’un débat national de 6 mois, permettant à chacun de s’emparer du sujet. A ses yeux, un tel “big bang social” devrait être voté pour être légitime (p.101).

 

Vers un nouvel idéal du travail ?

A la fin de l’ouvrage, Antoine Foucher dépasse le seul diagnostic économique pour interroger les fondements du rapport contemporain au travail. Il montre d’abord que les grandes justifications historiques de l’activité – tradition, religion, fin des classes sociales et promesse de progrès – se sont progressivement effondrées. Dans ce contexte, ce dernier est davantage pensé comme une contrainte : ce n’est pas le travail en tant que tel qui est rejeté, mais le travail subi, imposé, dénué de sens (p.116). Or, c’est précisément le travail qui devrait être émancipateur et épanouissant.

Cette logique impliquerait de permettre à chacun de mieux maîtriser son parcours professionnel. Il souhaiterait que chaque actif, au moins une fois dans sa carrière, puisse se reconvertir vers une activité choisie (p.121). Cela suppose un meilleur accès à l’information sur les métiers, davantage de temps pour se former et des dispositifs financiers facilitant les transitions, notamment vers des métiers jugés utiles ou en tension. 

Il plaide par ailleurs pour une transformation concrète des conditions de travail : davantage d’autonomie et de fierté, une meilleure conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle, et une organisation moins fragmentée. Il assume les compromis que ces évolutions supposent : sans bouleverser le quotidien, il faudra accepter “que le ménage soit fait pendant les horaires de bureau, que les magasins soient fermés deux jours par semaine, que certains délais de livraison soient plus longs” (p.127). Une partie du confort des consommateurs serait abandonnée pour améliorer les conditions d’exercice des travailleurs.

Sans promettre un enrichissement généralisé ni une réduction massive du temps d’activité, Antoine Foucher défend, avec des pistes de solutions concrètes, de reconstruire une société dans laquelle le travail permette à nouveau de vivre dignement, de s’émanciper, et de participer à un projet collectif. 

 

La citation : 

“Une société idéale ne serait pas une société libérée du travail, mais une société où chacun s’épanouirait dans son travail” (p.116)

 

L’auteur :

Spécialiste des questions sociales, Antoine Foucher a été conseiller puis directeur de cabinet des ministres du Travail Xavier Bertrand et Muriel Pénicaud. Après un parcours en entreprise et en organisation patronale, il est aujourd’hui président du cabinet Quintet, qui accompagne les entreprises dans leur stratégie sociale. 

 

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