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3 questions à… David Lisnard, Président de l’Association des maires de France

David Lisnard est président de l’Association des maires de France (AMF) et maire de Cannes depuis 2014. En cette période électorale, il répond aux trois questions de la Fondation Travailler autrement, consacrée aux liens entre engagement politique et travail.

À l’échelle d’une ville, les décisions politiques impactent directement l’organisation du travail et la vie des travailleurs (logement, mobilité, fiscalité…). Dans ce contexte, comment définir la place de l’entreprise dans la vie publique locale : peut-elle, ou doit-elle, jouer un rôle dans les débats et les politiques mises en place ?

Oui bien sûr ! Le mandat municipal, par sa proximité, permet d’avoir un lien direct entre les élus et les salariés ou les chefs d’entreprise de la commune. Ce lien est essentiel pour que les politiques et services publics locaux soient adaptés aux usages qu’en font ceux qui travaillent dans la commune. Les entreprises ont donc toute leur place dans l’élaboration des décisions municipales.

Il faut aussi que les collectivités bénéficient directement de l’implantation et du développement des entreprises, dès lors qu’elles assument les charges associées (transports, gestion des déchets, logement, écoles). Ce lien a été considérablement affaibli par la nationalisation des impôts locaux, et sans que cela n’aboutisse pour autant à une baisse des charges pesant sur les entreprises. Il faudrait faire l’inverse : moins d’impôts nationaux, et plus de responsabilité fiscale locale.

Lorsqu’un salarié ou un dirigeant d’entreprise est également élu local, son engagement devient public. Quand on possède cette double casquette, comment gérer à la fois le risque de conflit d’intérêt lié à la fonction d’élu et le fait d’assumer son engagement au travail, surtout dans des territoires où tout le monde se connaît ?

Cela peut être compliqué en effet, mais c’est pourtant le cas de la majorité des élus communaux, qui sont à 80% bénévoles.

En matière de prise illégale d’intérêts, le champ de l’infraction étant très large, il n’est pas toujours facile de savoir ce qui est permis ou ne l’est pas. Pour protéger les élus de cette insécurité juridique, l’AMF a plaidé pour mieux définir la prise illégale d’intérêts. Il y a eu quelques avancées récentes mais qui ne sont pas suffisantes pour permettre aux élus de savoir clairement s’ils sont ou non en situation de conflit d’intérêts. Ce travail doit donc se poursuivre.

S’agissant par ailleurs de la difficulté à concilier un mandat avec la vie professionnelle, l’AMF a aussi travaillé sur des propositions pour faciliter la prise en compte du mandat dans l’entreprise, notamment au travers de la loi dite « statut de l’élu » adoptée en 2025, avec par exemple un recours aux autorisations d’absence facilité.

Selon vous, l’employeur a-t-il un rôle à jouer pour favoriser l’engagement civique de ses salariés et ainsi renforcer la vitalité démocratique locale ? Si oui, comment peut-il le faire sans porter atteinte à la neutralité de l’entreprise et sans empiéter sur la liberté de chacun ? (injonction à se positionner politiquement, à en parler au sein de l’entreprise, à voter, etc)

Le droit fixe un cadre clair : l’employeur privé doit respecter la liberté d’expression des salariés, qui admet néanmoins certaines limites. L’employeur n’a pas à s’engager lui-même, et d’ailleurs le droit interdit à des entreprises de s’impliquer dans des campagnes politiques, notamment par des financements ou des dons en nature.

Pour favoriser l’engagement civique, l’employeur peut créer un cadre travail qui facilite l’exercice d’un mandat en parallèle. Pour cela il y a les mesures prévues par la loi, mais la « culture de l’entreprise » y contribue aussi. La loi sur le « statut de l’élu » a d’ailleurs créé un label « Employeur partenaire de la démocratie locale » dont les entreprises peuvent se saisir. Mais le plus important est avant tout de ne pas pénaliser ceux qui s’engagent dans la vie civique.

La politique locale est par excellence dans le champ institutionnel le domaine de l’ordre spontané et qui peut permettre d’appliquer le principe de subsidiarité, si nécessaires au renouveau de notre pays.

 

David Lisnard est Maire de Cannes et Président de l’Association des Maires de France et des présidents d’intercommunalité (AMF). Diplômé de l’Institut d’études politiques (IEP) de Bordeaux, il a exercé dans le secteur privé comme salarié puis chef d’entreprise. Élu conseiller municipal de la ville de Cannes en 2001, il a été élu maire de Cannes en 2014 et réélu en 2020 et en 2026. Il préside également la communauté d’agglomération Cannes Pays de Lérins depuis 2017. Il a été élu président de l’Association des maires de France et des présidents d’intercommunalité (AMF) en novembre 2021, réélu en 2023. Il a publié plusieurs ouvrages, Refaire communauté pour en finir avec l’incivisme co-écrit avec Jean Michel Arnaud (Ed Hermann – 2018), La culture nous sauvera (Ed L’Observatoire – 2021) et Les leçons de Pompidou (Ed L’Observatoire – 2024), co-écrits avec Christophe Tardieu, Ainsi va la France (Ed L’Observatoire – 2025).

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