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3 questions à… Sarah El Haïry, Haute-Commissaire à l’Enfance

Sarah El Haïry est Haute-commissaire à l’Enfance depuis mars 2025. Elle répond aux 3 questions de la Fondation Travailler autrement sur la parentalité au travail.

De plus en plus de citoyens hésitent à fonder une famille et à avoir des enfants, invoquant la difficulté à tout concilier : un pouvoir d’achat en tension, un contexte national et international anxiogène, un avenir climatique bouleversé. Selon vous, que faudrait-il changer – dans les politiques publiques, mais aussi dans le monde du travail – pour rendre la parentalité plus compatible avec une vie professionnelle épanouie ?

Le recul du désir d’enfant ne traduit pas un désintérêt pour la famille, mais la difficulté à concilier vie personnelle et professionnelle dans un quotidien sous tension : coût du logement, transports, horaires morcelés, offre de garde insuffisante.

Pour lever ces freins, il faut repenser l’organisation du travail autour du temps des familles. Le télétravail, lorsqu’il est choisi et encadré, peut être un levier d’équilibre mais encore faut-il éviter qu’il ne renforce la charge invisible des mères. Le développement des crèches d’entreprise, la souplesse d’horaires et la reconnaissance des temps parentaux dans la gestion des carrières constituent des pistes concrètes.

Mais l’enjeu dépasse la seule question économique, il s’agit de bâtir une société du soin et de la continuité, où les premières années de vie de l’enfant sont sécurisées et où chaque parent peut travailler sans se sentir coupable. C’est tout le sens d’une politique familiale moderne : investir dans la qualité de vie, le lien social et la confiance dans l’avenir.

 

Comment garantir que la charge éducative et domestique ne pèse pas de manière plus importante sur les mères, freinant ainsi parfois l’avancée de leur carrière ?

Les femmes assument encore l’essentiel du travail domestique et éducatif, souvent au prix de leur progression professionnelle. L’égalité réelle suppose un partage du temps, des revenus et des responsabilités.

Un congé de naissance identique, bien rémunéré et non transférable pour chaque parent permettrait de poser d’emblée la symétrie. Il est inscrit dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026. Dans les entreprises, la mesure de l’impact des maternités et paternités sur les carrières doit devenir un indicateur de responsabilité sociale, au même titre que la parité ou l’écart salarial. Enfin, l’école peut contribuer à déconstruire les représentations : apprendre le respect du temps familial, du soin et du partage fait partie de l’éducation à la citoyenneté.

L’égalité domestique n’est pas qu’une question privée. Elle conditionne la vitalité économique et le choix même de fonder une famille !

 

Les temps de l’enfant (journées scolaires courtes, vacances longues, etc) semblent difficilement compatibles avec les contraintes professionnelles des parents. Ne pensez-vous pas qu’il y a là un paradoxe à résoudre, et comment peut-on y remédier ?

La Convention citoyenne sur les temps de l’enfant, initiée par le Président de la République et suivie attentivement par le Haut-Commissariat à l’Enfance, a mis en évidence un déséquilibre profond : des journées trop denses, des vacances trop longues, et des rythmes qui ne correspondent ni aux besoins biologiques des enfants ni aux contraintes des parents.

Les études en chronobiologie rappellent qu’un enfant a besoin de stabilité et de repos. Les retards de sommeil et la surexposition aux écrans nuisent à la concentration, à la mémoire et à la santé mentale. Le HCE agit aujourd’hui pour mieux encadrer ces usages et sensibiliser familles et institutions à la protection du bien être cognitif des enfants

Repenser le temps de l’enfant, c’est reconstruire un cadre cohérent entre école, loisirs et famille. Les collectivités expérimentent déjà des tiers lieux éducatifs ouverts en fin de journée, conciliant accueil, accompagnement scolaire et activités culturelles. Ces innovations doivent être encouragées et coordonnées, pour que chaque territoire offre aux enfants un rythme compatible avec leur développement et aux parents un cadre de vie plus lisible.

 

> Sarah El Haïry est Haute-commissaire à l’Enfance depuis le 5 mars 2025. Engagée dans le Mouvement Démocrate en tant que députée de 2017 à 2020 puis en 2022 et conseillère municipale à Nantes depuis 2020, elle  a occupé plusieurs portefeuilles sur le plan gouvernemental. Elle a ainsi été ministre déléguée chargée de l’Enfance, de la Jeunesse et des familles en 2024. Auparavant, elle a été secrétaire d’Etat chargée de la Biodiversité de 2023 à 2024, et secrétaire d’Etat chargée de la Jeunesse et du Service national universel dans les gouvernements de Jean Castex et d’Elisabeth Borne. 

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