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3 questions à… Nicolas d’Hueppe, fondateur de Cœur 53, auteur et coach

Nicolas d’Hueppe est auteur et fondateur de Cœur 53, qui accompagne les organisations à se former à la puissance et à la performance du management par le cœur. Il répond aux trois questions de la Fondation Travailler autrement sur sa vision du management.

Qu’est-ce qui a le plus évolué dans la façon de manager ces dernières années ?

Pendant vingt ans, j’ai managé comme on me l’avait appris durant mes études : avec de la performance, du contrôle et surtout des résultats. Mon parcours de vie m’a amené à comprendre ce que personne ne m’avait réellement enseigné : les salariés, avant de quitter une entreprise, coupent avant tout le lien avec un manager qui ne les voit pas.

Qu’est-ce qui a changé ces dernières années ? Les collaborateurs ne veulent plus être gérés comme de simples individus. Ils veulent être reconnus comme des personnes. La différence est immense. On est passé du management de la maîtrise au management du vivant. Et comprenons bien que la complexité du vivant n’obéit pas au contrôle mais elle se cultive.

Le manager d’aujourd’hui doit donc apprendre à lire cinq signaux que l’école ne lui a jamais enseignés : l’énergie de ses équipes, la qualité de ses décisions, la vérité de ses émotions, la force du lien qu’il crée et le sens qu’il incarne chaque matin.

Cinq signaux pour cinq fréquences. Celles du cœur.

Quel rôle peut jouer le manager pour contrer le désengagement des salariés ?

Le désengagement n’est pas une démission silencieuse, mais une mort lente, qui passe par une disparition progressive du sens, du lien et de l’envie. Elle commence souvent au même endroit, quand un manager cesse d’être présent et aligné pour devenir uniquement performant.

Les cinq signaux exposés ci-dessus sont aussi les cinq leviers du réengagement.

  • L’énergie d’abord. Un manager épuisé ne peut pas sentir la vitalité de ses équipes. On ne ranime pas ce qu’on ne voit pas. Et on ne voit pas ce qu’on refuse de regarder en soi.
  • La décision ensuite. 80% du désengagement silencieux naît de décisions imposées, jamais expliquées. Un collaborateur qui comprend le « why » ne se désengage pas mais s’aligne et se déploie.
  • Les émotions. Un manager qui refoule ce qu’il ressent crée autour de lui une culture du silence qui devient le terreau du désengagement. Quand un manager ose nommer ce qu’il traverse, il donne à ses équipes la permission d’exister vraiment.
  • Le lien. D’après McKInsey, 70% des salariés désengagés citent la relation avec leur manager comme première cause. Le salaire vient plus tard. Un manager qui sait créer de la résonance dans son équipe ne combat pas le désengagement mais, au contraire, le rend impossible.
  • Et le sens, enfin. Ce qui tue l’engagement prend bien souvent racine dans la demande d’effort sans direction donnée. Le manager qui incarne un sens clair parvient à l’éteindre à la source. En étant aligné.

Le désengagement est un symptôme. Le manager ou le dirigeant en sont souvent la cause mais ils peuvent aussi en être le remède : à condition qu’ils acceptent de se regarder en face avant de regarder leurs équipes.

On ne peut pas allumer la lumière chez les autres quand on est soi-même dans le noir.

Comment qualifiez-vous un bon manager ? Quels sont les critères pour réussir dans cette mission ?

Un bon manager, c’est un manager qui aime ses équipes.

Je sais que ça fait sourire car ça peut paraître naïf. C’est exactement cette réaction qui explique pourquoi tant d’équipes se désengagent et tant de talents partent.

On a appris aux managers à gérer. Personne ne leur a appris à aimer.

Pas un amour sentimental mais un amour lucide, exigeant, courageux. Celui qui dit la vérité quand mentir semble plus confortable. Celui qui croit en vous avant que vous y croyiez vous-même. Celui qui reste présent quand ça vacille au lieu de se protéger derrière un reporting ou un organigramme.

Aimer ses équipes, c’est prendre soin de leur énergie. Leur dire pourquoi on décide, pourquoi on va là, parce que la clarté est une forme d’acte d’amour managérial. C’est oser ressentir ce qu’elles traversent, créer les conditions où chacun peut être vraiment lui-même. Et leur donner quelque chose de plus rare que des objectifs : du sens.

70% des salariés cherchent du sens avant un salaire. Ce n’est pas une tendance générationnelle. C’est une vérité humaine que l’on a longtemps fait semblant de ne pas entendre.

Un bon manager crée les conditions pour que des êtres humains donnent le meilleur d’eux-mêmes. Durablement. Librement.

Ça ne s’obtient pas avec des process.

Ça s’obtient avec de l’amour. Sincère, sans filtre, sans honte de le dire.

 

> Nicolas d’Hueppe est entrepreneur, conférencier et coach. Il a créé Cœur 53 en 2025, pour accompagner des entrepreneurs et leurs équipes à revisiter leur rapport à la performance, en remettant du cœur dans les décisions. 

> A lire également sur le site de la Fondation Travailler autrement : Comment bien manager en 2026 ?Manager / managé : une relation solide face à une fonction fragile ?, Qui veut encore devenir manager ?