3 questions à… Elisabeth Pascaud, membre du bureau de France Bénévolat
Administratrice de France Bénévolat, responsable du « Baromètre » France Bénévolat / IFOP, et co-animatrice de la Commission Inter Associative de France Bénévolat, Elisabeth Pascaud répond aux 3 questions de la Fondation Travailler autrement sur le bénévolat et le travail.
Quel état des lieux peut-on dresser aujourd’hui du bénévolat en France ? Dans ce contexte, comment se caractérise alors le rapport des actifs à l’engagement bénévole ?
34% de nos concitoyens déclarent « donner du temps gratuitement pour les autres ou pour contribuer à une cause » (sondage IFOP pour France Bénévolat, avec le soutien du Crédit Mutuel). Parmi eux, 21% donnent du temps dans une association. Ce qui inquiète, c’est que ce pourcentage global se tasse, résultat d’évolutions divergentes : le bénévolat fléchit chez les plus âgés (à partir de 50 ans et surtout de 65 ans) tandis qu’il progresse nettement chez les plus jeunes (15-34 ans) et reste assez fluctuant chez les 35-49 ans. Une évolution encourageante pour les associations auxquelles ces jeunes apportent un sang nouveau porteur d’avenir, mais qui leur demande un effort d’adaptation à ce nouveau public, moins disponible, plus exigeant… Elles doivent s’adapter à leurs disponibilités horaires, répondre à leur exigence de voir l’effet direct de leur action (même quand il n’est pas immédiat).
Pour les intéresser, les associations veillent à diversifier les missions qu’elles proposent, montrant en quoi elles peuvent rejoindre divers centres d’intérêt de ces jeunes actifs, plutôt que de s’en tenir à faire appel à eux pour des compétences techniques à assurer dans l’urgence. En contrepartie, si elles savent être à leur écoute et leur laisser des marges d’initiative, les plus jeunes offrent quant à eux des opportunités de dynamisme, de renouvellement… tels sont les échos que nous en avons, au cours des échanges que France Bénévolat anime régulièrement.
Parmi les motivations assez spécifiques aux salariés – et pas toujours les plus jeunes -, on observe fréquemment, dans les permanences d’accueil de France Bénévolat, une recherche d’engagement bénévole susceptible de leur apporter davantage de « sens » et d’« humain », éléments qui semblent manquer dans leur activité professionnelle. Il s’agit d’un critère important à prendre en compte dans la recherche de bénévoles.
Tous les salariés n’ont pas les mêmes possibilités de s’engager bénévolement. Comment éviter que le bénévolat, y compris celui encouragé par les entreprises, ne devienne une opportunité réservée aux salariés les plus qualifiés ou les plus autonomes dans leur travail ?
C’est une question qui interpelle effectivement les associations, et le constat de France Bénévolat est alarmant : les diplômés de l’enseignement supérieur sont près de deux fois plus souvent bénévoles que ceux qui ont au plus un CAP (26% contre 14%), et l’écart continue de se creuser. Et il est à craindre que le discours sur la nécessité d’accroitre le professionnalisme des associations ne soit un facteur additionnel d’exclusion, oubliant que l’association est d’abord une construction collective à partir de qualités variées, autant humaines que strictement professionnelles…
Pour combattre cet élitisme, il est nécessaire que les personnes moins qualifiées se sentent légitimes, ce qui s’avère difficile lorsque les plus diplômés, très majoritaires, développent l’entre-soi. Les associations prennent conscience que la lutte contre les discriminations passe par l’écoute, la reconnaissance et l’ouverture des équipes. Elles auraient tout à gagner que leur effort converge avec celui des entreprises.
Une autre piste d’action se développe avec les associations adhérentes de France Bénévolat : celle de mieux communiquer aux individus sur ce que leur apporte le bénévolat, en termes d’ouverture sur des horizons nouveaux, de rencontres, d’épanouissement personnel…
Pour des salariés en reconversion, en fin et début de carrière ou éloignés temporairement de l’emploi, comment le bénévolat peut-il devenir un véritable levier de sécurisation des parcours professionnels ?
Sans aller jusqu’à parler de « levier de sécurisation », on constate que le bénévolat peut être un puissant facteur de réinsertion, qu’il s’agisse de jeunes en début de carrière ou de reconversion plus tardive, par ses capacités à :
- Confirmer et accroitre des compétences théoriques (ex. d’étudiants en communication orientés vers des associations à leur sortie de formation, avec l’appui de l’APEC),
- Tester un nouveau projet professionnel (ex. de salariés souhaitant s’orienter vers le secteur de l’action sociale, comme après un burn-out),
- Ajouter une dimension relationnelle à une compétence purement technique (ex de techniciens intervenus bénévolement auprès de publics défavorisés et qui ont pu montrer ainsi leur capacité d’écoute et d’adaptation à des situations difficiles),
- Accroitre et ouvrir son réseau de relations (les professionnels de l’emploi sont particulièrement attentifs à ce point),
- Trouver un espace d’épanouissement et d’utilité sociale à un moment délicat de sa carrière (ex d’une demandeuse d’emploi qui nous disait « quand je suis chez vous, c’est le moment où mes angoisses me laissent en répit »)
Développer toutes ces voies est exigeant en termes d’écoute, de souplesse organisationnelle, d’ouverture à des opportunités inconnues… Il s’agit d’un objectif qui passe par des solutions plus complexes que les simples plateformes en ligne de mise en relation, qui se développent partout, et apparaissent, de surcroît, peu accessibles aux personnes moins qualifiées et/ou moins autonomes.
> A lire également sur le site de la Fondation Travailler autrement : Être bénévole tout en travaillant : entre désir et réalité, Le bénévolat : une fabrique de compétences par la vie ?