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Parents salariés : un équilibre encore fragile

Si les entreprises multiplient les discours sur la qualité de vie au travail, la réalité vécue par les parents salariés reste plus contrastée. Derrière des chiffres alarmants sur la santé mentale et le stress parental se dessine une génération d’actifs en tension permanente : des mères et des pères qui jonglent quotidiennement entre ambitions professionnelles, impératifs de performance et charges invisibles du quotidien. Le baromètre Parentalité et santé mentale au travail publié en 2025 par Opinionway, teale et Les Parents Zen, que nous avons lu pour vous, dresse un constat sans détour : la parentalité reste un défi majeur de santé au travail, à condition que l’on passe (enfin) du discours à l’action.

Une santé mentale parentale mise à rude épreuve

Les résultats du baromètre sont sans appel : la parentalité au travail reste un défi majeur pour l’équilibre psychologique des salariés. Ainsi, 57% des parents (dont 64% des mères et 49% des pères) déclarent avoir vu leur charge mentale professionnelle augmenter depuis qu’ils sont devenus parents. Cumul des tâches, surcharge, baisse d’énergie globale… En résultat, 20% et 14% des pères estiment que leur santé mentale est mauvaise.

L’étude montre que le travail joue ici un rôle ambivalent pour les parents : à la fois facteur de stress et un levier potentiel de mieux-être. En effet, si ⅓ des parents considèrent que leur carrière a été impactée par l’arrivée d’un enfant, c’est souvent à cause d’un retour au travail difficile après un congé (pour 45% d’entre eux) : ils déplorent notamment un manque de flexibilité, des difficultés à se réadapter, une charge de travail accrue, un manque de soutien, un sentiment d’isolement, une pression à (re)prouver son engagement..

Les femmes restent les premières concernées. Elles sont deux fois plus nombreuses que les hommes (43% contre 22%) à estimer que leur carrière professionnelle a été impactée par la maternité. Pour tenter de préserver un équilibre entre travail et vie de famille, les mères salariées sont 24% à déclarer avoir réduit leur temps de travail (contre 10% des pères) et 17% à déclarer avoir refusé une évolution (contre 9% des pères). L’étude interroge d’ailleurs la figure, flatteuse en apparence, de la “super-héroïne” en l’accusant de minimiser leur épuisement par la glorification de leur “capacité à tout faire”. Alors, ces chiffres rappellent que derrière le déséquilibre des charges domestiques se cache aussi un tabou collectif autour de la vulnérabilité parentale, encore difficile à exprimer dans le monde professionnel.

 

Entre exigences professionnelles et charges invisibles

Si le stress parental est si prononcé, c’est aussi parce que le monde du travail peine encore à reconnaître la charge invisible qu’implique la parentalité. Le baromètre évoque un phénomène d’ajustement contraint : 17% des parents ont réduit leur temps de travail à l’arrivée de l’enfant, 13% ont renoncé à une opportunité d’évolution, et 3% ont refusé une augmentation. Ainsi, les auteurs appellent à sortir de la logique du “tout ou rien”, qui contraint les parents à choisir entre la disponibilité permanente ou la mise à l’écart. 

Le baromètre met aussi en lumière un fossé important entre attentes et pratiques managériales : un parent sur deux ne se sent pas soutenu par son entreprise. Pourtant, les besoins exprimés sont clairs : davantage de souplesse d’horaires (33%), des solutions de garde (19%), un soutien psychologique (9%), des congés supplémentaires (5%), du télétravail (5%), voire tout simplement, de l’empathie et du soutien (5%).

Ce besoin de reconnaissance dépasse la seule question du bien-être : il s’agit d’un enjeu d’égalité professionnelle et de performance durable. Car les parents qui se sentent soutenus se montrent plus engagés, plus fidèles à leur entreprise, et moins sujets à l’absentéisme ! 

 

Un rôle déterminant des employeurs

Au-delà du constat, l’étude propose une lecture positive : les entreprises disposent d’une marge de manœuvre réelle pour agir. Certaines ont déjà pris le sujet à bras le corps, en lançant des initiatives autour de la santé mentale et de la conciliation vie pro/vie perso. Mais les démarches restent encore marginales : seuls 27% des parents interrogés déclarent bénéficier d’un accompagnement spécifique. C’est un dispositif pourtant plébiscité, puisque 69% s’en disent satisfaits ! Cette attente pèse désormais sur la marque employeur : 31% des parents envisagent de quitter leur entreprise pour une organisation plus “family friendly” et 10% l’ont déjà fait. Chez les moins de 35 ans, ces chiffres grimpent respectivement à 53% et 14%.

Le décalage entre les discours RH et la réalité vécue reste donc marqué. Pour les auteurs du baromètre, il est urgent de sortir d’une logique de communication “bien-être” pour aller vers une véritable culture durable de la prévention. Cela passe par des leviers concrets :

  • une formation systématique des managers à la santé mentale et à la parentalité
  • la normalisation du recours à des jours enfants malades ou à des temps de respiration (sans stigmatisation)
  • une politique RH inclusive qui valorise la diversité des parcours de vie, y compris ceux des parents solo.

Attention cependant à bien rester équitable et à prendre en compte les cas spécifiques. La flexibilité par exemple, souvent présentée comme un levier d’équilibre voire solution miracle, révèle de fortes inégalités selon les postes, les métiers, et les conditions matérielles.

Faire de la parentalité est alors un sujet collectif. La santé mentale des parents actifs engage directement la cohésion, la performance et la durabilité sociale des organisations. Et les enfants représentent aussi une source de joie communicable dans ces environnements !

 

> Les Parents Zen est le premier réseau de crèches partenaires en France, qui accompagne les entreprises dans leur politique parentalité pour favoriser la conciliation vie pro/perso.

> Teale est une plateforme qui aide les entreprises à agir sur la santé mentale de leurs salariés.

> A lire également sur le site de la Fondation Travailler autrement : Travail : un frein silencieux à la natalité ?Parents solos : quand l’entreprise devient un écosystème de soutien3 questions à… Sarah El Haïry, Haute-Commissaire à l’Enfance