veronique-saubot-force-femmes2Force femmes, association à but non lucratif créée il y a 12 ans, est une initiative de femmes engagées dont la mission est d’accompagner les femmes de plus de 45 ans dans une recherche d’emploi salarié (durable) ou bien la création d’une entreprise. Ses missions fondamentales sont l’accompagnement professionnelle des femmes de plus de 45 ans vers l’emploi, les soutenir et leur redonner confiance et informer et sensibiliser les entreprises quant au recrutement de femmes de plus de 45 ans et travailler en amont avec les pouvoirs publics sur la mixité et l’intergénérationnel et lutter contre les stéréotypes. En 2017, l’association affiche un bilan très positif avec 1 700 femmes inscrites et plus de 5 000 ateliers et entretiens. La durée d’accompagnement moyen est de 9 mois : 35% des femmes en recherche d’emploi ont retrouvé un emploi salarié et 800 femmes ont créé leur entreprise. Rencontre avec Véronique Saubot, la président de l’association.

Pouvez-vous nous présenter l’association Force Femmes ?

L’association permet la rencontre, la mise en relation et la création d’une dynamique collective solidaire de ces femmes qui sont très souvent en situation d’auto-jugement et auto-discrimination. Quel que soit l’âge, le genre ou le milieu social, le licenciement, la recherche d’emploi et le chômage constituent des expériences éprouvantes et confirment la gravité des situations. Mais lorsque l’on est une femme de plus de 45 ans, les obstacles se cumulent et se révèlent multiples. Aux difficultés d’ordre professionnel s’ajoutent une réalité familiale et personnelle compliquée : divorce, maladie, enfants et parents à charge… La précarité guette et les incertitudes se font quotidiennes ; l’incertitude de trouver un emploi, de nourrir sa famille, de conserver un toit.
Nos actions concrètes, qui ont montré leur efficacité, nous encouragent à continuer dans la voie de l’action tracée après toutes ces années. Par un accueil, un sourire, nos expertises, nous voulons et savons donner ou redonner confiance aux femmes que nous recevons et leur apporter l’expertise nécessaire à leur redéploiement, ceci grâce notamment à nos 800 bénévoles et notre présence dans 11 villes de France. Nous avons accompagné 23 000 femmes à ce jour, et nous avons des taux de réinsertion très satisfaisants.

De très nombreuses femmes ont besoin d’accompagnement tel que celui que nous offrons (il y a trop de femmes de plus de 50 ans au chômage en France en ce moment et ce chiffre n’a jamais cessé d’augmenter ces dernières années), et les demandes d’inscriptions sur notre site internet affluent.

Douze ans que Force Femmes travaille au quotidien à mettre ces femmes dans des conditions optimales de retour à l’emploi ou de création d’entreprise et leur assurer un avenir stable, durable et loin de craintes financières. Force Femmes est une association unique qui allie compétences  et solidarité. Force Femmes travaille également – en étroit partenariat avec une soixantaine d’entreprises privées –  à informer et sensibiliser les recruteurs, conseiller les entreprises dans leurs politiques de diversité et œuvrer au développement d’une réelle égalité des chances dans l’accès à l’emploi.

En 2017, 4 créateurs d’entreprise sur 10 étaient des femmes d’après le bilan entrepreneurial de l’Insee. Pouvez-vous commenter ce chiffre ?

Notre structure accompagne au retour à l’emploi salarié mais aussi à la création d’entreprise. En 2017, 30% des femmes accompagnées chez nous sont des femmes avec des projets de création d’entreprise. Ce chiffre augmente très vite il n’était que de 5% en 2007. Nous pensons que nous serons à 50/50 d’ici quelques années. Nous voyons en effet une évolution positive de l’entrepreneuriat féminin qui s’explique par :

  • Des outils de type autoentreprise simples à disposition qui permettent un démarrage simple et rapide,
  • Une évolution de l’état d’esprit français qui se tourne plus facilement vers l’entreprise,
  • Des jeunes sortis des grandes école qui veulent pour beaucoup « créer leur boîte »,
  • La prise de conscience que le marché du travail évolue et qu’il est désormais apprécié et valorisé d’avoir développé une entreprise,
  • Une forme de désillusion sur le monde du travail salarié,
  • Des structures dédiées aux femmes pour les pousser dans cette démarche (Adie, Femmes Business Angels, Force Femmes…),
  • Une prise de conscience collective qu’il n’y a pas assez de cheffes d’entreprise,
  • La fin du fichage des entrepreneurs ayant eu une liquidation judiciaire.

Mais, à ce jour, et c’est préoccupant il n’y a pas assez de femmes créatrice de start-up dans la tech…c’est inquiétant car le monde de demain sera très centrée sur la Tech, cela veut donc dire que les patrons de demain seront très majoritairement des hommes.

Quels sont les obstacles rencontrés par les femmes dans leur démarche entrepreneuriale ? Comment faire pour y remédier ?

Le premier des obstacles c’est la barrière que les femmes se mettent toutes seules sur le sujet; « je ne vais pas être capable, je ne sais pas, c’est réservé aux hommes… » Les femmes sont souvent leur pire ennemi, elles n’ont pas confiance en elle.

Pour une partie d’entre elles quand elles sont seules avec des enfants à charge (une femme sur 2 chez Force femmes est seule avec des enfants à charge), elles n’ont pas le soutien familial nécessaire au démarrage d’une activité et un seul salaire familial ne permet pas forcément de prendre le risque de se lancer. Le constat que nous faisons c’est que les femmes que nous accompagnons à la création sont plus souvent en couple avec un revenu supérieur à la moyenne des femmes accompagnées chez Force Femmes.

Quand elles ont créé, elles demandent des financements très inférieurs aux hommes. Et elles se trouvent très souvent en face de banquiers qui sont des hommes et qui attendent de leur part un comportement plus masculins. Elles sont d’un naturel plus prudent et cette prudence a pour conséquence qu’elle sont généralement plus fiables dans leur remboursements bancaires, mais que a contrario elles sont moins ambitieuses. Elles hésiteront donc à investir en ressources financières mais aussi à recruter des salariés. Elles ont aussi une charge familiale et mentale importante qui peut les empêcher de mettre toute leur énergie sur le démarrage de leur activité. Elles manquent aussi de role model est n’arrive pas facilement à s’identifier. Nous n’avons à ce jour qu’une seule femme qui aurait pu être patronne du CAC 40 et on cherche à l’en empêcher ! Enfin, elles sont souvent et a fortiori dans la population des femmes de plus de 45 démunies sur la Tech, les outils digitaux, les réseaux sociaux…

Je suis d’un naturel optimiste et je trouve que les choses bougent favorablement. Mais je pense qu’il faut être vigilent et :

  • Expliquer que créer son entreprise est une voie d’épanouissement personnel. Les retours que nous avons sont éloquents, liberté, indépendance, sentiment d’accomplissement, création de valeur…
  • Dire et répéter que les femmes réussissent très bien quand elles crée une entreprise. Chez Force femmes, nous avons fait une enquête récente sur des femmes accompagnées à la création d’entreprise entre 2012 et 2015 . Elles sont, à 65%, toujours en activité dans leur entreprise et dans 15% supplémentaire elles ont retrouvé du travail. c’est très positif !
  • Sensibiliser les femmes (mais c’est vrai aussi pour les hommes) que pour créer il faut se faire accompagner,
  • Communiquer largement sur les exemples féminins qui marchent,
  • Sensibiliser les jeunes filles aux sujets de la tech et leur dire que c’est aussi pour elles, et particulièrement au moment des orientations au lycée. Chez Force Femmes, comme les femmes sont plus âgées elles sont souvent très démunies sur les nouveaux outils. Systématiquement, nous organisons une mise à niveau sur ces sujets avec nos experts bénévoles du digital,
  • Faire de la pédagogie auprès des institutionnels et des média,
  • Lutter contre l’esprit  « risk adverse » très français et très féminin, par l’exemple,
  • On peut aussi favoriser l’essor de structure de financements animés par des femmes et dédiées aux femmes, en attendant que les structures bancaires se féminisent à tous les niveaux.

> Pour en savoir plus

> Également à lire sur le site de la Fondation Travailler autrement, Et si les femmes changeaient leur rapport au travail ?

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