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Jean-Hervé Lorenzi, titulaire de la Chaire TDTE a introduit cette conférence en rappelant que le sujet de la formation professionnelle est d’une importance capitale et d’autant plus au regard du choc technologique qui bouleverse l’ensemble du marché du travail. Si le travail ne va pas disparaître, il va profondément changer. On assiste à une bipolarisation du marché du travail, liée aux progrès techniques.

Deuxième chance : une année de formation qualifiante pour refermer les trappes à sous-qualification

Nathalie Chusseau et Jacques Pelletan ont ensuite présenté l’étude « Deuxième chance ». Les chercheurs de la Chaire TDTE ont imaginé un dispositif de deuxième chance. Les individus sans diplôme accèdent à une formation qualifiante gratuite de 400 heures. Le niveau de capital humain dans l’enseignement technique et à l’université s’élève et le revenu par habitant est en hausse de 6,6%. Les trappes à sous-qualification, qui caractérisent le système français, devraient se résorber à long terme. Ainsi, après deux générations, les individus issus de familles non qualifiées et bénéficiaires du dispositif de deuxième chance vont pouvoir poursuivre, dans leur grande majorité, des études supérieures, techniques ou universitaires. 

Accompagnement, transparence et ciblage pertinent

La première table ronde était consacrée à l’impact que pourrait avoir un tel dispositif sur l’économie. Philippe Zamora, Sous-directeur Suivi et Évaluation des Politiques d’Emploi et de Formation Professionnelle à la DARES, était interrogé sur le plan 500 000 formations prioritaires. Il souligne qu’avant tout, la formation a un impact plus positif si elle est liée à de l’accompagnement tout au long du processus. En cela, Pôle Emploi s’est distingué en se réappropriant la formation professionnelle et en reconstruisant un appareillage solide autour de ce dispositif.

Alain Chagnaud, Associé chez Roland Berger, a ensuite présenté l’étude Roland Berger sur la formation professionnelle. Il ressort de cette étude que plus les actifs participent aux formations professionnelles, plus leur productivité augmente. De plus, si le taux d’accès à la formation professionnelle était amélioré de 1 %, cela apporterait 7,4 milliards d’euro de croissance au pays. Enfin, Alain Chagnaud ajoute que pour avoir un dispositif efficace, il faut cibler les bons publics : le projet individuel et l’amélioration de la qualité des formations sont des conditions primordiales.

Enfin, Loic Charbonnier,  Président Délégué Général d’Apprendre et se Former en TRAnsport et Logistique, est revenu sur le concept de « choc technologique ». Selon lui, il ne faut pas être trop alarmiste quand on parle d’automatisation. Il souligne que les impacts diffèrent en fonction des secteurs d’activité, du territoire, etc… Pour lui, il faut de la transparence mais aussi bien identifier les besoins des entreprises comme des actifs.

« Il faut donner aux individus la capacité d’être maîtres de leur parcours professionnel »

La seconde table ronde réunissait un panel d’intervenants autour de la question « Quelles conditions pour la réussite de la réforme de la formation professionnelle ?« . Sylvain Maillard, député de Paris a soutenu l’idée selon laquelle il faut protéger les personnes plus que les emplois. « Les individus doivent être à la manœuvre. Une simple réforme ne servira à rien. Il faut une véritable refonte ! » ajoute-t-il. Pour lui, « Il faut rendre l’individu acteur de son parcours de formation professionnelle, via un CPF facilement accessible par tous et abondé en points ou en euros »

Emmanuelle Pérès, Déléguée générale de la Fédération de la Formation professionnelle (FFP) est ensuite intervenue en soulignant que les métiers évoluent très vite et donc que les compétences doivent toujours être renforcées. Aujourd’hui, le défi majeur est d’améliorer l’accès à la formation professionnelle. En France : seulement 36% des adultes se forment chaque année contre 60% chez nos voisins européens. Pour ce faire, il faut un réel changement des mentalités pour que les chefs d’entreprise ne considèrent plus la formation professionnelle comme une dépense mais plutôt comme un investissement.

Hélène Garner, Directrice du département Travail, emploi et compétence de France Stratégie a ajouté que le succès de cette réforme repose selon elle sur l’évaluation de cette dernière, sur un meilleur ciblage des besoins des acteurs en présence et sur un accompagnement accru des demandeurs de formation. Sur ce dernier point, il faut lever des freins de premier ordre : transport, logement, fracture numérique…

Pour rebondir sur ces idées, Jean-Marie Dubois du CEREQ a ajouté que toutes les statistiques sur le sujet montrent de réels écarts entre le souhait de formation et la demande de formation. Par ailleurs, il souligne que le système de formation est jugé opaque et que parfois, la formation peut se faire « sur le terrain ».

Enfin, Patrick Levy Waitz, président de la Fondation Travailler autrement, est intervenu en rappelant qu’il faut donner la capacité aux individus d’être maitres de leur vie professionnelle. Pour lui, trois questions doivent être posées :

  • Comment adapter l’outil de formation ?
  • Comment anticiper les métiers de demain et les besoins des territoires et des entreprises ?
  • Comment capitaliser l’information sur la formation professionnelle ?

Durant son intervention, l’accent a également été mis sur l’importance des compétences des formateurs et l’importance de connaître les territoires. Il faut construire les conditions d’accès à la formation dans tous les territoires. Toutefois, il ajoute qu’aucune réforme ne sera un succès s’il n’y a pas de révolution dans les mentalités et de transformation culturelle.

Pour une réforme de la formation professionnelle efficace et qui répondra aux défis technologiques à venir une chose est sûre : tous les acteurs doivent être mobilisés dans un effort d’anticipation.

> Pour en savoir plus sur la Chaire TDTE

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