david_plas_78018Dans son dernier ouvrage, « Le travail, la soif de liberté », Denis Pennel, Directeur de la World Employment Confederation s’interroge sur les mutations majeures que connait le monde du travail. Multiforme, collaboratif, agile, individualisé, ce nouveau monde du travail vient remettre en cause le modèle du salariat. L’auteur propose, entre autre, 25  réformes, afin de garder le meilleur du salariat et du statut indépendant. Entretien. 

Quelles réflexions vous ont mené à écrire « Travail, la soif de liberté ? » ?

Couverture finaleNous sommes en plein cœur d’une révolution du travail. Le travail est devenu multiple et protéiforme. Les actifs se définissent désormais de façon polycentrique : je suis ingénieur commercial mais également professeur de yoga, photographe amateur, bénévole dans une association humanitaire… Il y a déjà en France 2,3 millions de pluri-actifs, qui cumulent une activité salariale avec un travail d’indépendant ou qui ont plusieurs emplois salariés en même temps. Et ce chiffre ne tient pas compte d’une part majoritaire de la population qui développe des activités rémunératrices via les plateformes numériques (ebay, Uber, Le Bon Coin, Deliveroo etc.).

De plus, se développe une aspiration profonde à devenir acteur de sa vie professionnelle et réintroduire l’esprit d’entreprenariat dans la relation de travail, en sortant des sentiers trop balisés et contraignants du salariat. Une soif de liberté qui concerne tous les types de travailleurs : aujourd’hui, en tant que citoyen, nous sommes tous habitués à pourvoir choisir notre vie sexuelle, notre pratique religieuse ou spirituelle, notre façon de consommer… Pourquoi le monde du travail échapperait-il à cette tendance de fond ?

Libérer le travail, c’est le rendre accessible au plus grand nombre. Sur ce point l’échec du salariat dans sa forme actuelle est patent : persistance d’un chômage structurel élevé, exclusion des plus défavorisés du marché du travail, reproduction des élites, polarisation des emplois au détriment des classes moyennes. Si le salariat a tourné à plein régime durant les Trente Glorieuses pour intégrer une population active de plus en plus nombreuse et diversifiée (arrivée des travailleurs immigrés, entrée des femmes sur le marché du travail), le modèle a commencé à caler à la fin du XXème siècle avant de se gripper définitivement à l’entrée du XXIème siècle, n’arrivant plus à garantir le plein emploi.

Pensez-vous qu’il s’agit de la fin du salariat tel qu’il existait jusqu’alors ? Pourquoi ?

L’emploi salarié a cadenassé le travail. La bureaucratisation du salariat (notre code du travail est passé de 600 articles en 1972 à plus de 8.000 aujourd’hui) a enfermé les individus dans des jobs hyper-cadrés, subis, sans marge de manœuvre. Le travail est prisonnier aujourd’hui de ses lois, de ses acquis sociaux, de ses normes, de la fausse perception d’un modèle monolithique protecteur, le CDI.

D’où les phénomènes de burn out (épuisement professionnel) et de bore out (ennui profond par manque d’intérêt de son travail). En outre, le salariat est basé sur une relation de subordination, c’est-à-dire la possibilité pour un chef de donner des ordres, de contrôler exécution et de sanctionner). Cette « servitude volontaire » ne correspond plus aux attitudes des citoyens, qui ont une soif de liberté dans le travail ! Conséquence : seulement 13% des salariés français sont motivés au travail[1].

Il est indispensable d’adapter le travail à l’environnement économique et social du 21ème siècle. Car de nombreux enjeux nouveaux sont apparus, que le salariat fordiste n’avait pas prévu : fin de l’unité de temps et de lieu du travail, concurrence entre travailleurs au niveau mondial, travail en ligne, population active vieillissante, mobiquité due aux nouvelles technologies, porosité croissante entre salariat et travail indépendant etc.

Pouvez-vous nous présenter la World Employment Confederation dont vous êtes le Directeur ?

La World Employment Confederation est la confédération internationale qui représente le secteur des services HR (intérim, recrutement, formation, outplacement etc.). Elle regroupe 50 fédérations nationales à travers le monde (dont Prism’Emploi pour la France) et 7 des plus grandes entreprises mondiales de services RH. Sa vocation est de représenter la profession auprès des grandes organisations internationales (Bureau International du Travail, OCDE, Banque Mondiale, Institutions Européennes) et d’influencer le débat sur la nécessaire évolution du marché du travail.

> Pour en savoir plus sur « Travail, la soif de liberté »

> Pour en savoir plus sur le WEC

[1] Enquête State of the Global Workplace. de Gallup réalisé dans 142 pays, 2013

Alerte Email

Entrez votre adresse email pour recevoir une alerte dés qu’un nouvel article est publié :

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *