Étude

Pascale Levet : « Pour agir sur les représentations, il faut de nouveaux cadres de référence »

Responsable du Comité Scientifique de la Fondation Travailler autrement, Pascale Levet livre son analyse sur l’étude « Le temps de travail : de sa durée légale aux vécus quotidiens ». Interview.

Quel est pour vous le principal enseignement de cette étude?

L’horloge, la sonnerie, la pointeuse, le nombre d’heures effectuées en haut de la fiche de paie mensuelle ; les équivalents temps plein… Le temps, cela a été des heures de début et de fin, des durées, des luttes autour de ces durées. La valeur créée, un produit de l’intensité du travail et du temps passé. Ce cadre de référence, qui nous fait comme des œillères cognitives, nous empêche de penser la réalité actuelle et le temps de travail dans toutes ces dimensions. Oter les œillères, c’est l’enseignement que je retiendrais.

Est-il réellement possible de changer nos représentations du temps de travail ?

Pour agir sur les représentations, il faut… du temps. Mais aussi de nouveaux cadres de référence pour challenger les anciennes représentations ; par exemple en introduisant un nouvel indicateur, pour  concurrencer la fameuse durée hebdomadaire qui écrase la réalité ! Les discussion actuelles sur les enjeux d’articulation des temps, hier confinés à la sphère privée, aujourd’hui interpellés pour renouveler des pratiques de gestion innovantes, sont aussi un bon levier pour faire bouger les lignes.

Quels sont les leviers pour nous aider à mieux « maîtriser » nos temps professionnel et personnel?

L’étude invite à penser le temps de travail, le temps du travail et le temps au travail ; cette grille d’analyse pourrait être étendue à l’ensemble des temps de nos vies, pour nous aider à ne plus seulement envisager la maîtrise en terme de durée (programmer des heures, mettre des alarmes 15 minutes avant la fin…), mais aussi en fonction des contenus, étant entendu que désormais, les frontières privé/professionnel n’ont plus le sens strict qu’elles avaient hier.

Pour certains, c’est par exemple le cadre juridique qui permet de maîtriser et de réguler son temps de travail. Dans d’autres situations, c’est la force des collectifs qui peut aider à trouver des arrangements, des règles, des priorités ou des ressources pour mieux gérer ses temps.

Vous identifiez quatre nouvelles typologies de temps de travail dans cette étude. Pouvez-vous nous en dire plus?

Les contributeurs scientifiques de l’étude ont souhaité creuser la question des ressources à partir desquelles maîtriser son temps. La typologie ainsi bâtie nous propose de raisonner sur des profils contrastés, en fonction des ressources détenues pour « gérer » son temps et des tensions ressenties.

Le profil du type « temps maîtrisé » correspond à ceux qui ont le pouvoir sur les tensions qu’ils vivent: ils sont « maîtres » de leur(s) temps.

L’étude distingue deux autres types de profils, qui détiennent également des ressources pour gérer les tensions temporelles qu’ils vivent: le « temps élastique » (ceux pour lesquels le sentiment de liberté ou l’engagement subjectif dans le travail sont des ressources d’équilibre) et le type « temps régulé » (ceux qui trouvent du soutien dans leur entourage privé ou professionnel).

Un dernier type « temps subi » se démarque : pour ce profil, le déficit de ressource est certain, allant même jusqu’à la difficulté de faire valoir ses droits.

> Pour en savoir plus, l’article « Une étude pour repenser le temps de travail«