Un Avenir pour l'emploi« Un avenir pour l’emploi » de Bruno Coquet (Odile Jacob, 19,90 €, 160 pages)

Le sujet

À travers un récit à la fois historique, elliptique et fort de propositions, Bruno Coquet nous offre une mise en perspective particulièrement bien documentée des politiques publiques conduites en France à l’égard de l’emploi et de l’assurance-chômage. Au détour d’une vision rétrospective, l’auteur démontre toute l’épaisseur d’une coutume française à préférer l’administration de l’économie au détriment de l’encadrement de son évolution.

Depuis le début des années 2000, pas moins d’une réforme par trimestre a été mise en œuvre pour tenter de réglementer le marché du travail et le système de protection sociale. Ce volume de réformes est le témoin d’une mobilisation des gouvernements successifs à l’égard de la lutte contre le chômage. Or, toutes ces mesures ne répondaient pas à une stratégie active globale qui aurait eu le mérite d’être pensée en amont, les dispositifs de politique publique s’agrégeant, se percutant, se remplaçant, mais encore s’amendant les uns aux autres. Bruno Coquet dénonce une pratique de « dirigisme sans direction » dont le seul cadre existant s’est évertué à répondre à une logique financière. Avec un budget en constante augmentation, l’assurance chômage est en excédent depuis plus de 25 ans : aujourd’hui, son poids est de l’ordre de 6% du PIB, autrement dit avoisinant les 130 milliards d’euros par an.

Au fil de sa plume, cet expert de l’Institut de l’Entreprise dresse un constat « navrant : persistance du chômage de masse et de la croissance molle » (p. 12). Finalement, le malthusianisme serait la trame de fond de ce boulevard de réformes : les ajustements mis en place par les politiques publiques pour combattre le chômage consistent généralement à circonscrire (et par là même à exclure) de plus en plus les populations concernées. Cette orientation donne à voir les réformes du marché du travail comme profondément déconnectées du vécu et des réalités (relatives à la comptabilité, au droit, etc.). En soutenant des « maux imaginaires », les politiques publiques auraient apporté de « faux remèdes » (p. 96).

Bruno Coquet passe notamment au crible le coût du travail et celui de la protection sociale, la taxation et la redistribution de l’assurance chômage, les cotisations salariales et patronales, les contrats aidés, la formation professionnelle… Pour lui, l’obstacle majeur d’une amélioration du marché de l’emploi est politique, non pas technique. Il critique également le caractère excluant des réformes du marché du travail vis-à-vis du secteur public. Cette asymétrie entre secteurs public et privé aurait pour conséquence de scinder le marché du travail plutôt que de le fédérer.

Telle une ode à la persévérance, l’auteur formule des propositions teintant la moitié de son livre d’optimisme. Le fil rouge de ses préconisations consiste à passer par trois étapes : celles de la désescalade, de l’équité et enfin de la clarté. Bruno Coquet revendique ainsi la nécessité de changer de modèle, et cela passerait par le fait de :

  • Refonder l’assurance-chômage pour la faire évoluer en un système performant et efficace : il s’agit notamment de la rendre obligatoire pour tous (employeurs, salariés et autres statuts d’emploi, secteur privé et public).
  • Placer les parties prenantes tout comme les individus directement concernés au cœur même des négociations.
  • Rendre l’assurance-chômage universelle, contributive, adaptée aux fluctuations du marché du travail, tout en assurant un contrôle des comportements.
  • Articuler les réformes à venir à la faveur de la réalité des marchés (des biens, de l’économie et de son financement, du logement, du travail…).
  • De s’accorder de nouveau avec un modèle fondamental : « payer le travail à sa valeur ».
  • De prendre la mesure des besoins de l’individu contemporain pour mieux penser les problématiques de logement, de l’assurance-chômage et de la formation.

Ainsi, Bruno Coquet nous invite-t-il à repenser la France à travers le truchement de son contexte socio-économique, mais surtout de l’empreinte de ses contemporains, afin de redonner du sens et de panser ses maux, une fois clairement définis.

L’auteur

Bruno Coquet est docteur en économie, expert français sur la question des politiques du marché du travail et de l’assurance-chômage. Il intervient auprès de l’Institut de l’Entreprise et de l’OFCE. Par ailleurs, il a été président du comité de l’emploi (EMCO) du Conseil de l’Union européenne.

La citation 

« Ni les instruments, ni la surenchère des moyens, ni les contraintes budgétaires ne peuvent valoir stratégie en eux-mêmes. Ce qui manque, ce ne sont pas les possibilités, les idées, les réformes, les politiques ou les moyens, mais un sens, un projet, une stratégie, un cadre cohérent, un point focal qui garantirait leur convergence. Un tel cadre conduirait, à n’en pas douter, à une reformulation profonde des réformes et de leur ordonnancement. » (p. 141).

> Pour retrouver la fiche complète du livre

> Également à lire sur le site de la Fondation Travailler autrement, Des pistes pour l’extension de l’assurance chômage des indépendants

> Mais aussi, Prendre en compte la vie quotidienne des citoyens pour mener les bonnes réformes pour la France

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