9782212564013_h430« Sociétal 2016 #numérique et emploi : lost in transition ? », de Jean-Marc Daniel et Frédéric Monlouis-Félicité (Eyrolles, 316 pages, 25€)

Le sujet

Dans son édition 2016, la collection Sociétal s’est investie de la question du numérique par le prisme des conséquences sociales et de la mutation du travail que l’intégration de ces dispositifs convoque. En considérant la figure paradoxale de l’individu contemporain, à la fois « salarié et entrepreneur, individualiste et collaboratif, indépendant et subordonné, nomade et sédentaire », l’ambition des coordinateurs de ce livre, Jean-Marc Daniel et Frédéric Monlouis Félicité, est de déficeler les enjeux socioéconomiques d’un quotidien professionnel largement instrumenté par les écrans digitaux.

Les contributeurs de l’ouvrage ont mis un point d’honneur à ne pas tomber dans l’écueil de la rhétorique dominante lorsqu’il s’agit d’analyser les conséquences des usages du numérique dans nos vies : chacun s’est efforcé de dépasser la dialectique du risque et de la fin d’une époque pour apporter un éclairage plus complexe de la situation.

En conjuguant « transformation numérique » et « hybridation du marché du travail », les auteurs observent que « l’ère du numérique redistribue les cartes entre employeurs et travailleurs » (p. 17) et que la figure de l’entrepreneur se mue aujourd’hui en véritable « rode model ». David Ménascé, dans un chapitre intitulé « La France du Bon Coin », donne à voir le développement du micro-entrepreneuriat, du self-employment et de la polyactivité comme des solutions mobilisées face à la crise de l’emploi, notamment du fait que « trouver un emploi est aujourd’hui plus facile qu’un employeur » (p. 62). L’auteur, spécialiste en stratégies d’innovation sociale, suggère des axes d’amélioration qui s’articulent autour de la nécessité de repenser le dialogue social, de garantir une meilleure protection sociale, d’allier sécurité et opportunité, et de redessiner les frontières poreuses de l’entreprise contemporaine. Françoise Gri (Françoise Gris Conseil), de son côté, en reprenant la proposition de Denis Pennel sur le statut de l’actif, souligne que « l’hybridation croissante entre salariat et travail indépendant nécessite de réfléchir à un droit du travail qui s’applique à toutes les formes d’activités professionnelles » (p. 52).

Emmanuelle Barbara, avocate au Bureau de Paris et spécialiste en droit social, met en exergue la nécessité du droit du travail à s’adapter aux mouvances socioéconomiques. Le modèle du contrat salarial, avec sa dimension hiérarchique classique, reste fortement ancré dans la façon de se saisir du droit du travail : « le code du travail illustre l’effort sans cesse recommencé de retenir ce monde vertical qui nous échappe » (p. 74). Or, d’après l’auteur de ce chapitre, « le temps est venu de valoriser le travail exercé hors contrat de travail » (p. 75).

Les auteurs

Jean-Marc Daniel est professeur associé à l’ESCP Europe et Directeur de la rédaction de Sociétal.

Frédéric Monlouis-Félicité est délégué général de l’Institut de l’entreprise.

La citation

« Nous sommes tous à la frontière, sur le point de franchir une limite, contraints de laisser derrière nous un modèle obsolète sans être tout à fait à l’aise avec le nouveau monde qui nous échoit »

> Pour en savoir plus : La fiche du livre 

A lire aussi sur le site de la Fondation Travailler autrement :
> Transformation numérique : quels impacts sur l’entreprise ?
> Nouvelles formes d’emploi et numérique : quels impacts sur le droit du travail et la protection sociale ?

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