captureLa baisse des charges sur les bas salaires est un outil économique largement utilisés dans les pays développés car elle permettrait de réduire le chômage non-qualifié. Cette mesure est toutefois discutable selon Philippe Frocrain et Vincent Charlet, auteurs de la synthèse « Réduire le chômage non qualifié : oui, mais à quel prix ? », une étude approfondie de la littérature sur le sujet.

L’idée selon laquelle une baisse des charges sociales réduit le coût du travail pour l’entreprise sans modifier le revenu du salarié est ancienne. Dès 1993, la France s’est dotée de politiques publiques allant dans ce sens afin de freiner l’accroissement du chômage non qualifié. La première vague d’allègement a eu des résultats positifs mais après la crise de 2001, la destruction des emplois non qualifiés a repris.

Ce phénomène est lié à des dissonances dans la mise en place de ces allègements qui apparaissent plus comme un « pari » que comme des mesures raisonnées :

  • Les mesures apportées ne sont pas fiables car leurs paramètres (assiette, montant, barème…) ont été décidés en se basant non pas sur des calcules scientifiques mais sur « des considérations ad hoc » (débats politiques, règle de trois, estimation) ;
  • Les allègements ont presque toujours été décidés de manière défensive pour répondre au coût du travail (SMIC, temps de travail), ce ne sont donc pas des mesures choisies mais subies ;
  • Les mesures ont eu un coût pour l’État car elles n’ont jamais été compensées par les entreprises. Elles l’ont toujours été par la baisse de dépenses publiques et la hausse des prélèvements obligatoires.

La Fabrique de l’industrie met en lumière, à travers un examen de la littérature sur ce sujet, que ces mesures ont donc eu des effets paradoxaux « En pratique, tout ou partie des emplois « créés ou préservés » selon les évaluations des allégements sur les bas salaires peuvent tout aussi bien avoir été « détruits ou menacés » dans le même temps, par un jeu de ricochets macroéconomiques sur lesquels ces mêmes évaluations s’attardent rarement. »

Plus que leurs paradoxes, la Fabrique souligne les inconvénients des allègements sur les bas salaires. Tout d’abord, elles créent ou préservent l’emploi peu qualifié au détriment de l’emploi qualifié. La synthèse précise que « plusieurs mécanismes interviennent en ce sens : une substitution du travail non qualifié au travail qualifié, une concurrence accrue entre les secteurs intensifs en travail peu qualifié et les autres, et plus largement une perte de compétitivité du travail qualifié si ce sont les salariés qualifiés qui portent le poids du financement des allégements. » Ensuite, elles freinent la progression des bas salaires car la hausse des salaires mène à la hausse des charges. Enfin, et à plus long terme, elles créent une désincitation à la formation et à l’augmentation de la compétence des salariés, ce qui a un effet néfaste sur la compétitivité.

Pour que la baisse de charges ait un impact sur la compétitivité, il faut voir plus loin que la simple opposition emplois non-qualifiés/emplois qualifiés. En effet, la Fabrique observe dans sa synthèse qu’il faudrait étendre ces allègements aux salaires intermédiaires pour soutenir la compétitivité des entreprises exposées (voir notre synthèse sur ce sujet), en s’assurant qu’elles ne soient pas captées par des hausses de salaires. « À long terme, ce schéma vertueux permet une hausse de l’activité  économique, une amélioration de la balance commerciale (donc une réduction de notre dette) et la création d’emplois à tous niveaux de qualifications. »

Consulter ou télécharger la synthèse

> A lire également sur le site de la Fondation Travailler autrement :
Chômage, emploi, travail : les disparités françaises

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