capture-204x300Le groupe Adecco a présenté le 6 décembre, lors de sa conférence « Nouvelles formes d’emplois, nouvelles compétences, nouveaux rapports au travail  », les résultats de son étude « Penser l’emploi autrement ». Menée par le Lab’Ho, elle a pour but de comprendre la perception, les attentes et les projections des actifs et des demandeurs d’emploi face aux mutations profondes qui bouleversent aujourd’hui le monde de l’emploi. Décryptage.

Le Lab’Ho a mené une étude en deux temps :

  • Une approche qualitative menée par un groupe de travail autour d’interviews d’experts, d’entreprises et de syndicats, de l’apport académique d’un chercheur de l’IAE Lyon III ;
  • Une approche quantitativepour nourrir et confronter la vision des entreprises à celle des individus, en interrogeant un panel de près de 5 600 répondants candidats et collaborateurs du groupe Adecco dans des situations contractuelles diverses.

Des nouvelles formes de contrats émergent (même si le CDI, le CDD ou l’interim restent très largement majoritaires), liés aux nouvelles aspirations des actifs à vouloir travailler autrement. Et les pratiques en entreprise changent, ce qui nécessite des adaptations. Si ces mutations (co-working, ubérisation, crowdworking, CDI intérimaire, coopératives d’emploi, groupement d’employeurs, portage salarial, auto-entreprenariat…) sont présentes et installées dans le quotidien de millions de Français, elles sont encore trop peu connues.

Les questions posées aux participants de l’étude ont permis de cibler leurs aspirations en matière de rapport au travail, de définir selon eux la place et le rôle de l’entreprise et de se rendre compte de leur degré d’ouverture aux évolutions du marché du travail et aux nouvelles formes d’emploi. Il en ressort que :

  • Pour les « profanes », les nouveaux modes de travail sont peu connus, notamment pour les actifs dits « hors emploi ». A noter que lorsque ces modes de travail sont connus, ils sont bien accueillis (63 % y sont plutôt favorables). Mais les nouveaux modes de travail restent encore méconnus pour plus de 50 % des répondants. « Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce sont les salariés en CDI qui ont le niveau d’information le plus important sur ces contrats, rapportent les auteurs de l’étude. Et même si les nouvelles formes d’emploi apparaissent de plus en plus comme des modalités intéressantes, les répondants ressentent le besoin d’être accompagnés avant de franchir le pas. »
  • Dans l’esprit des sondés, les priorités des entreprises lorsqu’elles recrutent sont la polyvalence, la flexibilité et l’expertise ;
  • Les sondés placent les conditions de travail, la diversité des missions, l’entourage professionnel et l’équilibre avec la vie privée en tête de leurs attentes, devant la rémunération. Ils veulent que leur activité professionnelle leur permette de s’épanouir et d’être heureux, qu’elle soit stimulante et qu’elle leur permette de progresser ;
  • Le rôle de l’entreprise est avant tout de favoriser l’épanouissement personnel, le développement social et le développement des compétences.

Le groupe de travail qui a mené cette étude a formulé des propositions centrées sur l’inévitable réintermédiation.

La création de lien et de nouveaux collectifs : droits, services, échanges, partage

Ce « travailler autrement » a eu pour conséquence l’éclatement de la notion de collectif, essence même de l’entreprise. Le télétravail, le travail à temps partiel ou encore la diminution de la durée de la relation d’emploi sont des exemples de ce phénomène.  Toutefois, les auteurs de l’étude mettent en lumière que le besoin d’appartenance et de reconnaissance n’a jamais été aussi fort chez la jeune génération. « L’entreprise continue d’être un lieu de développement social », précise l’étude. Cet éclatement peut avoir des conséquences lourdes surtout en termes de risques psychosociaux liés à l’isolement des nouveaux travailleurs. L’entreprise doit se réinventer, redonner du sens au travail, réaffirmer ses valeurs, mettre en place des modalités de management collectif, pour éviter que le collectif ne se déplace définitivement vers d’autres sphères.

La création de dispositifs de certification, évaluation, notation des plateformes de l’économie numérique

Le numérique a permis de mettre les entreprises et les actifs en lien direct, notamment dans leur recherche d’emploi, mais également entre les actifs et les missions ponctuelles : c’est le phénomène de la désintermédiation. Aujourd’hui, tous ressentent le besoin de clarifier ces liens qui abondent car loin d’avoir complètement fluidifié le marché du travail, la désintermédiation l’a plutôt rendu incompréhensible et a même créé des insécurités.

La création des systèmes d’accompagnement des individus, quel que soit le statut, tout au long de leur parcours professionnel

Les parcours professionnels aujourd’hui ne sont pas voués à la linéarité. Les individus aspirent à plus d’autonomie et le salariat n’est plus l’unique voie de l’épanouissement professionnel. Le rôle de l’entreprise étant avant tout celui de l’épanouissement personnel, du développement social et du développement des compétences, ce changement de paradigme nécessite que les entreprises répondent à ces besoins avec des outils adaptés (formation, MOOC…) mais aussi que les plateformes sécurisent le parcours de leurs utilisateurs et que les individus sachent analyser correctement leur parcours et puissent prendre en compte toutes leurs activités dans la construction de leur trajectoire (c’est une des ambitions du compte personnel d’activité).

La création de systèmes de certification, évaluation, suivi, accompagnement des compétences

Toujours sous l’impact des évolutions technologiques, les compétences ont changé mais elles sont encore difficiles à évaluer : la validation des acquis en entreprise exige trois ans d’expérience dans le domaine demandé, le bénévolat n’est pas reconnu partout de la même façon… Le numérique peut toutefois être la clé pour répondre à ce besoin de certification, d’évaluation, de suivi et d’accompagnement des compétences. L’auto-évaluation ou la blockchain sont des innovations qui répondent à ces besoins.

Quelles sont les perspectives futures qui découlent de cette étude ? Christophe Catoir, président du Groupe Adecco France, met en lumière les perspectives futures que dévoile cette étude : « Les répondants imaginent une entreprise recentrée sur son cœur de métier entourée d’une galaxie de prestataires travaillant en mode projet. Ils insistent sur la nécessité de construire nouveaux droits, services et cadres collectifs. »

Face aux évolutions liées aux transformations de l’économie et aux nouvelles technologies, il est plus que jamais nécessaire d’anticiper les besoins futurs en compétences et d’accompagner entreprises et candidats grâce à des outils et des formations adaptées.

Retrouver l’étude « Penser d’emploi autrement » du Lab’ho

> A lire également sur le site de la Fondation travailler autrement :
RH : la recherche académique se saisit des nouvelles formes d’emploi

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