Multitasking Businesswoman or office worker sitting at the computer and fashion icons or application.Business woman shiva vector illustration concept.Le monde du travail change à une vitesse vertigineuse,  y compris pour les femmes. Malgré les pesanteurs auxquelles elles sont confrontées (elles mettent, par exemple, quatre fois plus de temps que les hommes à créer leur entreprise), le monde professionnel leur offre de belles opportunités et des libertés inédites induites par l’émergence de nouvelles formes d’emploi. La question du travail des femmes était au cœur de l’édition 2016 du Grand Forum Marie Claire, qui s’est tenue le 25 novembre.

La première table ronde « Toutes Freelance en 2025 ? » a permis de questionner la notion de fin de l’entreprise traditionnelle. Avec l’émergence de l’économie collaborative, de la digitalisation ou encore de l’ubérisation de l’économie, les emplois classiques se transforment tandis que de nouveaux métiers et façons de travailler apparaissent. On observe que de plus en plus d’actives ont plusieurs vies professionnelles en une, travaillent en freelance, créent leur entreprise, travaillent dans un espace de coworking, télétravaillent pour leur entreprise…

Grégoire Leclercq, président et fondateur de la Fédération des auto-entrepreneurs, partage ce constat qui a pour lui trois conséquences :

  • L’emploi salarié a atteint son apogée, bien que le pourcentage de travailleurs indépendants en France soit faible par rapport à celui des autres pays de l’OCDE;
  • La fin de l’organisation du travail traditionnelle ;
  • Le besoin de repenser la protection sociale.

Pour Lubomira Rochet, Chief digital officer et membre du Comex de L’Oréal, il s’agit maintenant de se demander comment donner aux jeunes des opportunités qui leur permettent d’assouvir leur curiosité et d’avoir une formation permanente. Chez l’Oréal aussi, les emplois classiques se transforment. L’entreprise donne la possibilité à ses collaborateurs de pouvoir, en restant salariés, créer leur entreprise ou d’aller travailler dans des « excubateurs ». « L’Oréal soutient l’entrepreneuriat de ses salariés en encourageant les expérimentations hors les murs », précise Lubomira Rochet. Ainsi, il ne s’agit pas de créer de nouveaux métiers, mais modifier les pratiques existantes en misant sur les porosités entre les différentes formes que revêt l’emploi aujourd’hui.

C’est aussi le point de vu de Muriel Fagnoni, vice-présidente exécutive de l’agence publicitaire française BETC (groupe Havas) qui soutient que l’entreprise doit donner les moyens de se sentir libre. « Dans freelance, il y a free » fait-elle remarquer. Ce besoin de liberté passe aussi par un nouvel environnement de travail où l’organisation des bureaux doit être libérée. Être slasheuse, pour Muriel Fagnoni, elle-même dirigeante d’entreprise et fleuriste, c’est avant tout le gage d’un épanouissement personnel.

Cristina De Villeneuve, responsable de la Transformation digitale interne de BNP Paribas, souligne que ces nouveaux modes de travail vont mettre du temps à se mettre en place. Même si le nombre de CDI signés diminue, il n’en reste pas moins que les types de contrats traditionnels sont majoritaires. Elle constate en revanche qu’il y a un réel besoin d’équilibre entre le temps de travail, la liberté et la qualité de vie des travailleuses.

Choisir son mode de travail et ne pas le subir, c’est ce que défend Cécile Dejoux, professeur des universités au Cnam Paris et professeur affiliée à l’ESCP Europe. Il ne faut pas que ces nouvelles formes d’emploi mènent les femmes à des dérives telles que les  inégalités ou la précarité. Pour faire ce choix de la liberté, de l’indépendance, les femmes doivent apprendre car si la connaissance et la compétence créent l’employabilité et la liberté, c’est surtout un gage de sécurité.

La deuxième table ronde « Nouveaux modes de travail : une bonne nouvelle pour les femmes ? » a permis de mettre en perspective ce qu’attendent les femmes de ces nouveaux modes de travail. Sont-ils la clé de la liberté et de l’épanouissement professionnel et personnel ?

Cécile Fontbonne, DRH dans le groupe Orange, qui supervise La Petite Fabrique, est venue témoigner de l’importance pour jeunes de porter de projets qui laisseront leur marque dans la société : ils veulent changer le monde et avoir un impact sur lui. C’est pour elle la clé de leur épanouissement. La Petite Fabrique est une expérience qui a vocation à montrer qu’il est possible de travailler autrement. Les bouleversements technologiques ont mené à un changement de paradigme dans les aspirations de cette nouvelle génération : environnement, équilibre personnel et professionnel, consommation…

A ce titre, Clara Gaymard, présidente du Women’s Forum, précise que les jeunes femmes d’aujourd’hui ont des moyens que la génération précédente n’avait pas. Le digital, par exemple, accroît considérablement leur productivité et la possibilité de travailler en collaboration. Il faut prendre conscience que le dialogue entre les générations est nécessaire pour construire ensemble.

C’est aussi le point de vue de Viviane de Beaufort, professeure à l’ESSEC, qui a souligné l’importance de l’entraide et de l’accompagnement de ces jeunes femmes qui osent changer de façon de travailler. A travers son expérience de fondatrice des Women-Programmes, elle soutient que le travail en mode « co » (collectif, coworking…) est essentiel pour optimiser les frais liés à la création d’une entreprise et échanger des compétences, car il est évident qu’on ne peut pas toutes les posséder. Le secret pour ces femmes est la solidarité.

Pour Céline Parsoud, vice-présidente de Women’Up, souligne que cette génération est la première génération réellement féministe :

  • Les femmes y ont toujours vécu en mixité ;
  • Elles ont toutes vu leurs mères au travail ;
  • La revendication de l’accès au bonheur portée par les jeunes est un combat d’abord mené par les femmes.

Aujourd’hui, les jeunes veulent avoir un impact sur le monde et ils y arriveront en modifiant leur mode de travail : «  l’entrepreneuriat comme le slashing sont des composantes d’une vie plurielle ».

C’est le choix de vie de Patricia Louisor, qui est venue témoigner au Grand Forum Marie Claire 2016 en tant que slasheuse : créatrice d’une ligne de coffrets pique-nique haut de gamme (Le Chant du Coq-Paris) ; DJ à New York et Paris pendant les fashion weeks ; professeur à la School Of Life Paris ;créatrice des Slasheuses et du Salon des Dames. Pour elle, les éléments positifs de sa situation sont :

  • La sensation de liberté ;
  • L’épanouissement personnel.

Mais elle expose également les difficultés inhérentes au slashing : il faut être hyper-organisée et réussir à se débrancher d’un travail quand on passe à un autre.

Les transformations du monde du travail et ces nouveaux modes d’emploi ne laissent pas les femmes de coté, bien au contraire. Elles y participent et le font évoluer pour s’extirper des discriminations liés à leur sexe. Toutefois, des dérives peuvent apparaitre. Il faut donc faire attention à ce que ces nouvelles formes de travail ne soient pas choisies par défaut et que ces femmes soient reconnues à leur juste valeur.

Pour conclure, on reprendra les mots d’ouverture de Marianne Mairesse, rédactrice en chef du magazine Marie-Claire : « Une femme active, c’est une femme qui réfléchit, agit et choisit sa vie ».

A lire également sur le site de la Fondation Travailler autrement :
Femmes au travail : un état des lieux

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