Affiche-Sqvt2016La semaine de la qualité de vie au travail, organisée par le réseau Anact-Aract, se tient du 13 au 17 juin. Cette treizième édition a pour thème  « Mieux travailler à l’ère du numérique ». La semaine s’ouvrait avec un colloque organisé en trois tables rondes. C’était aussi l’occasion pour l’Anact de présenter en avant-première les chiffres de son sondage « Numérique et conditions de travail ».   

 

Hervé Lanouzière, directeur général de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail, a ouvert la journée avec une anecdote : lorsqu’on s’arrête dans un kiosque, la question du numérique fait les gros titres.Thème omniprésent, Hervé Lanouzière ne parle donc pas de « révolution » numérique mais du numérique, car il est déjà là. Il considère qu’il est nécessaire de dépasser la lecture binaire du digital : d’un côté, une promesse de bonheur, et de l’autre, l’asservissement et la destruction d’emploi. Mais il est nécessaire d’étudier la manière dont on s’empare des outils numériques et pas le contraire

Numérique et travail : quels enjeux?

Marie-Anne Dujarier, Maître de Conférences en sociologie, a rappelé les quatre fonctionnalités du numérique : le traçage, le stockage, le calcul, la mise en réseau. Pour la chercheure, le principal changement opéré par le digital est l’absence de discussion et la dépendance créée par les outils technologiques.

Selon la dernière étude ANACT, 57% des salariés voient le numérique comme une opportunité. Mais les modifications opérées par le digital peuvent également être mal vécues. Les contraintes deviennent une nouvelle forme de contrôle, alors même que ce contrôle dans le travail existe depuis le taylorisme. Le juriste Jean-Emmanuel Ray rappelle que le droit du travail a été conçu et imaginé pour l’homme machine, celui mimé par Charlie Chaplin.

Table ronde 1 : Interruption, dispersion, déconnexion… et surtravail à l’ère du numérique

C’est Anca Boboc, sociologue au département de sciences sociales d’Orange Labs, qui ouvre cette première table ronde. Elle rappelle que l’ère du tout numérique nous plonge dans la culture de l’immédiateté de la communication et de fait peut poser des problèmes de régulation de la connexion. Néanmoins, la sociologue tient à mettre en garde : il ne faut pas extrapoler une réalité valable, aujourd’hui, surtout pour les cadres, à l’ensemble de la population. Elle appelle également à nuancer l’affirmation qui pose une plus grande porosité entre la vie professionnelle et privée induite par les TIC. En effet, cette frontière est de l’ordre du subjectif : « Nous n’avons pas tous la même capacité à agir et gérer cette frontière« .

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Anne-Sophie Godon, directrice innovation chez Malakoff Médéric, montre qu’une vraie réflexion s’est opérée autour de l’articulation du numérique et ce qu’il pouvait enrichir dans la relation clients et/ou collaborateurs. A été mise en place une application qui permet d’horizontaliser les relations clients-collaborateurs mais aussi des dispositifs d’envois programmés de mails ou le développement du télétravail (20% dans l’entreprise).

Dans le groupe La Poste, un grand plan de communication a été fait autour du digital : dossier pour les managers, programme de formation « Tous numérique » pour les postiers (30 000 en cours ou fini) afin de se familiariser à l’usage des outils du numérique. Florence Wiener, directrice de la stratégie sociale et de la qualité de vie au travail à La Poste, déclare qu’à ce niveau les attentes sont fortes. Un an après la mise en place du télétravail, 98 % des employés concernés considèrent que cela a amélioré leur qualité de vie et 93% estiment que le télétravail a amélioré leur efficacité professionnelle.

Dans une optique plus préventive, Jean-Luc Molins, secrétaire national de l’Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens (Ugict-CGT), a souhaité rappeler l’alourdissement des charges de travail et l’intensification induits par le développement numérique au travail. Ces effets entraînent une détérioration de la santé des travailleurs avec une augmentation des risques d’AVC ( +20% au delà de 48h de travail hebdomadaire), infarctus, épuisement professionnel…  A ce titre l’Ugict-CGT a formulé des propositions pour encadrer les usages autour du numérique, pour garantir la santé des collaborateurs.

Les intervenants sont également revenus sur l’article 25 de la loi El Khomri, qui institue un droit à la déconnexion, avec la mise en place d’une charte des bonnes pratiques du numérique dans les entreprises d’au moins 50 salariés. Or ils rappellent que les chartes en entreprise sont très rarement consultées et en questionnent ainsi la pertinence.

Table ronde 2 : Organiser le travail à l’ère du numérique

Martine Keryer, secrétaire nationale santé au travail CFE-CGC, parle de la perte de pouvoirs décisionnels des managers intermédiaires et cadres de direction. Les objectifs à attendre sont aujourd’hui de plus en plus communiqués par mails et ne peuvent plus vraiment faire l’objet de discussion. Le numérique enlève la capacité de dialogue et le contact. Cette idée rejoint celle partagé par Marie-Anne Dujarier lors de la première table ronde.

Jerome Introvigne,fondateur de Skiller et « manager libéré », est venu chambouler le débat en présentant une vision innovante de l’organisation du travail et une critique de l’excès de normes. Or il est urgent aujourd’hui de redonner du sens au travail, de travailler sur l’intelligence collective. Au sein de la biscuiterie Poult, avec un chiffre d’affaires de 250 millions euros, il a porté la surprenante décision de supprimer le comité de direction. « Enlever la tête, ça fonctionne toujours car ça fonctionne par le dessous. » A la clé ? Un gain économique important. Il prône également la mise en place de modèles plus collaboratifs avec par exemple les réseaux sociaux d’entreprise, comme alternative au courrier électronique. En ce sens, il déplore le manque d’outillage électronique des collaborateurs.

Table ronde 3 : les enjeux du dialogue social et professionnel à l’ère du numérique

Amandine Brugière, directrice des programmes de la FING, a souhaité rappeler que le numérique a cette tendance à faire sortir du cadre les pratiques du travail, à brouiller les frontières. Jean-Emmanuel Ray est à nouveau intervenu à l’occasion de cette dernière table rondeSa formation de juriste lui offre un angle de vue différent. Il rappelle à juste titre que la protection sociale en France reste encore basée sur le salariat, réalité qui s’atténue de plus en plus avec le développement du travail indépendant et des nouvelles formes de travail. Le télétravail représente aux yeux du juriste « l’un des rares sujets sur lequel tous les acteurs ont intérêt à négocier« . Concernant le droit à la déconnexion, il assène que « ce n’est pas un truc pour les nouvelles générations » qui sont constamment liées et connectées, le smartphone à portée de main.

3 résultats clés de l’enquête Mieux Travailler à l’ère du numérique [TNS Sofres & Anact]

• 85% des salariés et 90% des chefs d’entreprise considèrent que le numérique impacte favorablement la qualité de vie au travail;

• 40% des salariés et 38% des chefs d’entreprises jugent prioritaire la mise en place de formations spécifiques au numérique;

• Une certaine réserve est émise au sujet des effets du numérique sur le travail : ils représentent pour 26% un stress supplémentaire et pour 28% une charge de travail plus importante ainsi qu’une pression accrue sur les délais.

A l’occasion de la semaine de la qualité de vie au travail, l’ANACT a lancé un concours photo ayant pour thème « Le travail en images ». Ci-contre le 1er prix du jury de  « La piste aux étoiles ».
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« Indéniablement, les technologies numériques offrent dès à présent de nombreuses opportunités de travailler dans de meilleures conditions. Pour autant, les changements qu’elles imposent ne sont pas exempts de risques. Tout un chacun doit en avoir conscience pour mieux les prévenir dans ses pratiques au quotidien. »
Olivier Meriaux, membre du Comité Scientifique de la Fondation ITG Travailler Autrement

La page dédiée à la semaine de la qualité de vie au travail 

Le sondage Mieux Travailler à l’ère du numérique  et l’infographie 

Le site de l’Anact

La tribune d’Olivier Meriaux, Mieux travailler à l’ère du numérique ? Oui, mais.. [Huffingtonpost]

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