workanrollLe 9 juin dernier, les étudiants en Master 2 Psychologie du Travail et Ergonomie de l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense ont réussi avec brio l’art de faire dialoguer le travail et les arts musicaux le temps d’une soirée à la Cigale (Paris) intitulée Work’n Roll.

Une soirée sans bémol, où les discours des chercheurs scientifiques et des artistes se sont harmonisés pour co-construire une analyse des enjeux du travail contemporain. Cet événement a été organisé au profit de la lutte contre le travail des enfants dans le monde.

  • Le programme a commencé par la projection du clip « L’usine » de La Canaille. Lyrics de rap aux riffs noirs déposés sur des images sombres, saccadées, floues, qui plongent le spectateur / congressiste dans l’univers du travail à la chaine à travers une ambiance volontairement pesante. Le refrain, qui contient la répétition de « Couper, séparer, jeter… Couper, séparer, jeter« , immerge le public dans une répétitivité des tâches, un sentiment d’ennui, de carence du sens, de solitude (cette caractéristique de la première chanson de la soirée n’étant pas sans nous rappeler un sujet médiatique de notre époque : celui des bullshit jobs).
  • La première table ronde a réuni des organisateurs de l’événement pour exposer l’origine du projet et son fil conducteur. Et ce, avec une question de fond : « Le travail dans les chansons contemporaines : un écho fidèle ou dissonant ?« . Pour argumenter le propos, le chanteur Guillaume Ledoux, (Blankass) était également orateur de cette table ronde. Il a suggéré l’idée que la musique soit née du travail, et rappelé, avec justesse, la naissance du blues dans les champs de canne et du coton aux États-Unis.
  • Autour de la thématique « Travailler c’est trop dur! :santé, conditions de travail et sens du travail », étaient réunis, pour la deuxième table ronde, deux pontes de la recherche en psychologie du travail (Yves Clot et Danièle Linhart) et la figure punk militante Didier Wampas. Alors que Danièle Linhart a proposé un rappel historique des changements dans le monde du travail depuis les années 1950, qu’Yves Clot a exhorté l’idée salvatrice d’une entreprise non pas « libérée » mais « délibérée » (i.e. où le travail est discuté, disputé, soumis à controverse), Didier Wampas a évoqué avec beaucoup d’ironie son histoire d’agent électricien à la RATP pendant 30 ans. Un discours à 3 voix remarquablement enrichissant, éloquent, avec une belle touche d’humour !
  • La troisième table ronde traitait de la fragilité du marché actuel de l’emploi : « Chômage et précarité, la ritournelle du mal emploi : quelle partition pour une voie plus juste?« . Ici, Serge Wolkoff, Loup Wolff, Cyril Wolmark et Laurent Honel ont échangé sur cette thématique, en soulignant notamment les statuts et les régimes d’emploi les plus touchés. En tant que juriste, Cyril Wolmark est revenu sur deux points clés de la Loi Travail (l’élargissement des conditions de licenciement pour des raisons économiques; le renversement de la pyramide des normes).
  • La dernière table ronde, impulsée en chanson, a réuni l’économiste du travail Philippe Askenazy et Cyril Cosme (Directeur du bureau l’OIT en France) pour évoquer les constats, les enjeux et les actions pour lutter contre le travail des enfants dans le monde.

Chaque table ronde fut introduite et conclue par des interludes musicales jouées en live. Des titres savamment choisis ont ponctué la soirée : du « Poinçonneur des Lilas » de Serge Gainsbourg, en passant par « Son Bleu » de Renaud, ou encore « Société Anonyme » d’Eddie Mitchell, à la lecture d’extrait de « Melancholia » de Victor Hugo, autant de sélection musicale des plus pertinentes.

Suite au point d’orgue d’une quinzaine de minutes, c’est un concert non-stop sur le thème du travail qui s’est engagé.

Une belle première que cet événement original entremêlant débat et concert sur le travail. Un ouvrage collectif assorti d’un CD sera publié d’ici quelques mois.

Article tiré du site Let’s ΨSic !

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